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dimanche 10 septembre 2017

(Pr, SB, Vu) Trouver Dieu au bout du labyrinthe


Prédication du 10 septembre 17: "Dieu est amour? Pas si simple"

Introduction aux lectures:

Un jour où les personnages bibliques étaient tous réunis, l’apôtre Jean répétait, comme d’habitude, le même refrain. Il disait: “Dieu est amour! Dieu est amour!”.
Tous les autres approuvaient visiblement.
Tous? Non, car une voix discordante s’éleva, du milieu de l’assemblée des personnages bibliques. Cette voix disait: “Non, pas d’accord, ce n’est pas si simple!”
Qui était ce personnage contestataire?
Vous l’avez deviné, il s’agit de Job.

Dans les grandes lignes, vous connaissez son histoire:
Homme riche, intègre, ami de Dieu, Job subit tout à coup une série de coups du sort. Ses troupeaux et ses domestiques lui sont enlevés les uns après les autres. Tous ses enfants trouvent une mort tragique. Puis c’est sa santé même qui est atteinte.
Job a tout perdu, mais il reste fidèle à Dieu.
Arrivent alors des amis qui cherchent les causes de ces malheurs. Ils le font dans le cadre de la pensée juive d’alors: si tu es victime de coups du sort, disent-ils, c’est que tu as péché d’une façon ou d’une autre...

Je vous propose ce matin (mais vous n’avez pas trop le choix!) de nous arrêter sur le chapitre 10 de ce livre, qui nous permettra de méditer sur ce thème, universel, de la souffrance et de l’injustice.

Je vous préviens, cette prédication sera un peu plus longue et difficile que d’habitude. Merci de vous accrocher! Mais je crois que c’est important pour découvrir un peu mieux ce que cet étonnant livre de Job veut nous dire.

Nous écouterons d’abord ce chapitre 10; puis un passage de l’évangile de Jean, qui lui est comme un écho; et enfin deux versets de la lettre aux Romains. Merci à John Christin de nous conduire dans ces lectures, et d’abord dans la prière.


Lectures: Job 10; Jean 9, 1-5; Romains 8, 1-2
  


C’est l’histoire d’un homme qui nous ressemble. Job connaît la réussite, le bonheur. Puis brusquement, l’extrême opposé. De terribles malheurs lui tombent dessus. Des bandes de brigands; puis la tempête, la foudre, la maladie. Il ne lui reste rien.

C’est l’histoire d’un homme qui nous ressemble. Job, comme nous, cherche à comprendre: “Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu? Pourquoi?”

C’est l’histoire de trois hommes qui nous ressemblent. Ce sont les amis de Job. Ils viennent chercher avec lui. Et ils proposent sans cesse la même explication: “Tes malheurs viennent de quelque chose que tu as fait. C’est la seule raison: tu as péché et Dieu te punit.”

C’est l’histoire d’un homme qui ne nous ressemble pas! Car Job refuse d’entrer dans ce système. Il répète sans cesse: “Mais non, je n’ai rien fait. Je ne suis pas coupable!”

Nous, il nous arrive si souvent de chercher des torts en nous-même. Ou d’imiter les amis de Job, qui disent: “Il n’y a pas de fumée sans feu”. “Tu n’as qu’à te secouer!” “Quand on voit toutes les souffrances à travers le monde...”

Mais culpabiliser les autres, mais se culpabiliser soi, ça n’aide pas, bien sûr. Au contraire, ça enfonce encore plus.

Or, le système du “Dieu te punit”, ce n’est pas un système chrétien! C’est même exactement l’opposé. La loi “péché = punition”, ce n’est pas de la religion, c’est de l’épicerie! Il suffit de fixer le tarif, au départ; et après, l’homme peut décider tout seul de la sanction. Dans ce système, on peut se passer de Dieu!

Au fond, c’est assez exactement la tentation d’Adam et Eve, au début de la Bible. Vous vous souvenez? Ils goûtent à l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Pouvoir savoir, pouvoir décider ce qui est bien, ce qui est mal, c’est en somme se mettre à la place de Dieu!

Que ce soit pour s’auto-justifier (dire: “je connais le bien, je sais que je suis juste”); ou pour s’auto-accuser (“je connais le mal, je sais que je suis mauvais”); ou pour accuser les autres (“je connais le mal, je sais que vous êtes mauvais”), le système des amis ne mène à rien, sinon à rejeter Dieu, à lui enlever sa liberté.
  

 
Job, de toutes ses forces, essaie de sortir de ce cercle vicieux. Mais il lui faudra pas moins de 40 chapitres pour y parvenir! Il lui faudra explorer bien des pistes, pour découvrir qu’elles sont sans issue.

Le livre entier de Job est comme un labyrinthe, où le héros essaie quantité de chemins, avant de trouver le seul qui ne soit pas une impasse.

Le chapitre 10, que nous avons lu, nous permet d’en comprendre deux ou trois, de ces voies sans issue. Et cela peut nous servir, à notre tour.
   
Première piste: “Je ne suis pas coupable, c’est la faute de Dieu”. Job essaie de se justifier en accusant son Créateur: “Je savais que tu me voulais du mal” dit-il. “Seigneur, ça te fait plaisir de me voir souffrir?”. Tu guettais ma faute, tu as joué avec moi comme un chat avec une souris”...

Quand on se sent trop coupable, il arrive que la seule manière de le supporter soit d’accuser quelqu’un d’autre. De projeter sa culpabilité sur autrui. De manière un peu désespérée, Job va ainsi renvoyer sur Dieu l’accusation qui lui pèse.

Ce qui est étonnant, ici, c’est que Dieu n’en veut pas à Job de cette réaction. Dieu ne retourne pas la culpabilité sur Job. Jamais! Il sait que nous avons souvent besoin d’explorer ce chemin-là. Dieu comprend que nous devons parfois passer par un tel stade. Nous avons le droit d’accuser Dieu, de nous révolter, lors d’une épreuve. Nous avons le droit de crier à l’injustice.

Deuxième piste: Job va aussi explorer, mais de manière moins marquée, le chemin de l’auto-accusation: “C’est ma faute” dit-il alors. Comme un dépressif, Job prend sur lui ses malheurs, il ploie sous leur poids.

D’ailleurs, la frontière est parfois difficile à tracer entre “se sentir accusé” et “être vraiment accusé” par un autre. Voyez ces petites questions dans un couple qui peuvent mettre le feu aux poudres. Par exemple: “Tu fais quoi, ce soir?” “Quoi, tu m’accuses de ne jamais rester à la maison?”

Ainsi, dans tout notre chapitre, il y a en hébreu un double sens:  la plupart des verbes qui parlent de pourchasser, d’accuser, de faire du mal à Job, on ne sait jamais exactement si le sujet du verbe c’est Dieu, ou si c’est Job lui-même (un peu comme, en français, quand je dis “J’ai vu manger un oiseau”, ça peut vouloir dire que c’est l’oiseau qui mange ou vouloir dire que c’est l’oiseau qui est mangé!

Dans notre chapitre, l’ambiguïté est voulue. C’est à la fois Job qui frappe et qui est frappé. Il n’y a pas de pire bourreau que celui qui se persécute lui-même. Des fois, on se battrait, pour ne plus se sentir coupable! On se tuerait, tellement on a honte!
   

Et c’est dans cette forme de dépression donc que Job met le doigt sur une troisième piste, qui le rapprochera de la clé du labyrinthe: sortir de l’alternative “Ou bien je suis juste, et c’est l’autre (l’Autre!?) qui est coupable; ou bien je suis coupable, et c’est l’autre qui est juste”. Tout à coup, Job ne sait plus s’il est bon ou mauvais. Il sent d’ailleurs que là n’est pas vraiment l’important. Le mal ne s’explique pas.

Job sortira de la dépression au moment où il pourra regarder ses malheurs en face, ne plus fermer les yeux sur son sort trop cruel. Job quittera la dépression quand il sortira du jeu de l’accusateur et de l’accusé. Quand sa misère devient extérieure à lui-même.

Dieu est-il méchant? Ou amour? La réponse pour Job est donnée à travers plusieurs autres doubles sens dans ce chapitre. Je n’en mentionnerai qu’un seul: quand il dit, au verset 8, “Tu m’as créé et formé”, Job emploie un verbe hébreu qui veut dire ou bien “façonner”, ou bien “blesser”. Encore une fois, Bien et Mal mélangés!

D’ailleurs, créer n’implique-t-il pas une violence? Mettre au monde peut-il se faire sans traumatisme? Il faudrait le demander à un nouveau-né!! Donner la vie à quelqu’un, n’est-ce pas le placer dans un monde d’injustice et de violence?

Un Anglais m’a dit un jour: “Que Dieu vous blesse”! Il voulait dire, bien sûr, “Dieu vous bénisse” (“God bless you”)...

La vie n’est-elle pas à la fois bien et mal; bonheur et malheur; joie et souffrance; guérison et blessure... Et Dieu n’est-il pas la source de toute vie?
   

Vous le voyez, les questions sont vastes, et nos intelligences humaines ne suffisent pas pour y répondre. C’est ce que Dieu va faire découvrir à Job, après un long itinéraire.

Neuf chapitres plus loin, notre héros exprimera quelque chose d’important, à travers ce verset bien connu: “Je sais que mon rédempteur est vivant, et en dernier il se lève sur la poussière”. “Il n’est plus un étranger”.

Le rédempteur, c’est celui qui prend mon parti, qui me soutient, me comprend. On ne sort de la dépression que si un rédempteur (ou une rédemptrice!) nous accompagne un bout de chemin, regarde et porte avec nous notre souffrance.

Mais voici encore un double sens, un de plus: en hébreu, le rédempteur, ça désigne aussi parfois celui qui abîme, celui qui souille, qui profane! Car rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, comme l’esprit cartésien nous a hélas trop appris. L’hébreu sait mieux que nous la pensée intuitive, où le bien est inséparable du mal; où l’amour ne va pas sans blessure. Comme dans la réalité.

Pour nous accompagner et nous aider à voir clair dans nos souffrances, le rédempteur doit aussi nous faire mal, nous plonger dans ce que nous voudrions fuir. Un psychothérapeute, un superviseur doit mettre à la lumière ce qui dans nos émotions est douloureux, pour nous apprendre à le maîtriser.

Mais, c’est seulement au moment où nous avons fait le tour de nos illusions, de nos croyances, de nos culpabilités et de nos innocences, ce n’est que lorsque tout cela est tombé en poussière, comme c’est le cas pour Job, que le rédempteur devient une aide. “Je sais mon rédempteur vivant, et en dernier sur la poussière il se lève”. Alors, sur cette poussière, Dieu se révèle comme le Rédempteur majuscule, qui nous comprend et nous sauve. Il n’est plus un étranger.
   

La véritable consolation, Job la trouvera enfin au 42ème et dernier chapitre, lorsqu’il parle à Dieu comme à un ami, sans chercher de coupable. Le chemin dans le labyrinthe lui a donné, non pas la réponse à toutes ses questions, mais je dirai la force de vivre avec des questions sans réponse. Car il sait que Dieu vit avec lui et pour lui.
  
Dieu est amour? Pas si simple. Dans les souffrances, les injustices, ça ne veut rien dire. Rien. Avant de prêcher le Dieu d’amour, il ne faut pas oublier tout l’itinéraire dans le labyrinthe, dans l’obscurité, jusqu’à ce que nos échafaudages, nos auto-justifications et nos auto-accusations soient réduits en poussière. Dieu n’est pas un étranger, mais il y a tout ce chemin à parcourir pour le trouver. Un chemin où il nous confronte à nos blessures, pour nous aider à déboucher sur la guérison.

  

La différence avec l’exaltation de la souffrance est mince, bien sûr, mais j’espère que j’ai pu vous la faire ressentir. Le seul antidote contre les théories qui excluent Dieu, c’est le fait que Jésus a passé lui-même par ce chemin du labyrinthe. Il l’a parcouru pour, au matin de Pâques, nous permettre d’accéder à un sens pour notre vie; une authentique relation d’amour avec lui! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz



dimanche 27 août 2017

(Co, Pr, Vu) Vive, l’eau! (narration)

Lectures bibliques: Jean 4, 1-26, Ezechiel 36, 24-27

Il faisait chaud, ce matin-là. Chaud et sec. Mais l’oasis était fraîche, comme une porte ouverte sur le ciel. L’eau du puits murmurait sa fragile musique, si ténue qu’il faut être vieux et sourd comme moi pour l’entendre... Je crois même que, parfois, des oiseaux chantaient. Ça sentait les feuilles de figuier et l’été.

J’étais venu au puits de Jacob pour boire, mais surtout pour méditer et rêver tranquille, loin du village. J’aime le calme de cet endroit, sa douceur apaisante. Il m’arrive même de me dire que Dieu y est plus proche que dans l’agitation des sacrifices... Savez-vous que ce puits de Jacob est le tout premier lieu de culte de nos ancêtres d’Israël, sur la Terre Promise? Bien avant Jérusalem! Oui, c’est un endroit chargé de présence divine!

Bref, je me sentais superbien, couché derrière les buissons, près de Dieu. L’herbe était douce contre ma peau... J’avais envie de prier: “Seigneur, je voudrais pouvoir mourir ainsi, calmement; doucement; te rendre mon dernier souffle sans hâte, comme la rosée s’évapore au soleil du matin...”
  


Mais! Des voix! Tout-à-coup, des voix, des voy...ageurs! Mon calme et ma prière s’envolent! Pas de chance, j’étais si bien!

Caché derrière mon figuier, j’observe les nouveaux-venus. Qui sont-ils? Commerçants? Pèlerins? Brigands peut-être? Rien que des hommes, en tout cas. Méfiance!

Ils puisent l’eau à l’aide d’une vieille peau de chèvre que le plus petit porte en bandoulière. Ils ont soif, on voit qu’ils ont beaucoup marché! Vivement qu’ils reprennent leur route!

Tout en buvant, ils parlent assez fort. Je comprends à leurs allusions qu’ils sont... juifs!?! Oups!! Heureusement que je ne leur ai pas adressé la parole! On nous a toujours expliqué que nous, les Samaritains, ne devons rien avoir à faire avec ces gens de Judée, qui nous méprisent et qui nous traitent comme des primitifs. Alors que nous sommes descendants d’Israël, autant qu’eux!

Tout ça parce qu’il y a longtemps, au retour de l’Exil à Babylone, nous n’avons pas chassé les Palestiniens, qui occupaient nos terres. Nous nous sommes pacifiquement mélangés avec eux. Dites, Dieu n’était-il pas content de voir des hommes se réconcilier?

Alors voilà: depuis cette époque, les Samaritains n’ont plus de contacts avec les juifs (hem, sauf pour les détrousser, rigole mon cousin Kouchtar de Sychar!!)... Brèfle, ceux-là... je reste à distance.

Ils n’ont pourtant pas l’air si menaçants, ces gaillards. Peut-être un peu... illuminés. Je les entends discuter de l’eau, qui est un signe, qu’ils disent, un signe de Dieu. Et puis ils parlent de souffle, de respiration du Seigneur (je ne comprends pas bien), toujours en se montrant la source, vive, qui murmure sa chanson si frêle à mes oreilles.
  


Bon, voilà qu’ils s’en vont. Non? tiens, y en a un qui est resté. T’égal, dans le fond; tout seul, il ne va pas m’empêcher de jouir du calme de ce puits... 

 
Ah mais zut! Pas de chance! À peine j’ai repris mes rêveries qu’un nouveau pas se fait entendre. Mais cette oasis est plus fréquentée que la couche d’une courtisane un soir de bamboula!!

Oh ben, à propos de courtisane, devinez qui arrive: c’est la femme de Shefdegar de Sychar! Vous savez, celle qui ne sait pas dire non aux hommes... Celle dont ils profitent sans aucune gêne.

Elle s’avance pour puiser de l’eau... Mais? Le juif... lui parle?! Non, mais quel culot! Encore un bélier en rut! Aussi dragueur que son ancêtre David, celui-là!

Ah non, faites excuse, c’était pas ce que j’avais pensé. Ou alors, il tourne longtemps autour de la cruche, ce gars! Il demande de l’eau. De l’eau? Alors qu’il vient de boire?

Et elle? Mmmhh, elle hésite. Elle commence à piger que c’est un type de Judée. Ils parlent d’eau, le juif et Emmanuelle. Il recommence, comme tout à l’heure son histoire d’eau: le souffle, l’esprit divin...

Evidemment, elle, elle ne comprend pas qu’il s’agit de religion. Elle prend tout au premier degré, au début. Il doit expliquer, expliquer encore. Et moi, du coup, je commence à y voir un peu plus clair. Il dit: l’eau est un don du ciel, c’est un signe que Dieu nous purifie et nous aime; un signe que Dieu nous lave, pour nous permettre de commencer, à neuf, une vie différente, meilleure! Voilà: c’est le souffle, c’est la vie que Dieu veut mettre en nous, pour transformer le monde!
  


Emmanuelle, bien sûr, elle ne suit pas bien. Tiens, il parle des cinq maris, maintenant. Et elle, plein gaz, elle croit qu’il fait allusion à sa vie de tralala, tous ses jules, ses “fiancés”...

Encore une fois, méprise, méprise! Si elle n’était pas aussi... euh... “culpabilisée”, elle saisirait que, quand un juif parle des cinq maris, il pense aux cinq dieux qu’on adorait en Samarie! Ouais, cinq maris - Samarie, c’est un vieux gag pourri de Galilée (d’accord, c’est pas terrible, mais San Antonio n’est pas encore né!).

Ah, cette fois, elle a compris! Elle pose des questions sur le culte, sur “croire en Dieu”. Il explique encore. Oh, c’est difficile. Je ne suis plus très bien, moi non plus.

Mais quand il dit qu’on peut adorer Dieu partout, ça, je saisis! Et que l’oasis est une porte ouverte sur le ciel, ça, ça m’emballe!

L’eau, signe du ciel... Non, attends: l’eau, signe d’un souffle que Dieu nous donne. Signe d’un souffle que Dieu nous donne si nous lui donnons notre premier pas... Et ce souffle, il nous transforme; il nous permet de vivre, vraiment; pleinement, intensément!

Et: partout, même ici!

Mmh, il y a quelque chose, là, que je dois creuser. Il faudrait que j’aille vers ce juif pour lui demander de me réexpliquer.

Tiens, c’est drôle!? J’ai encore envie de vivre, soudain, pour découvrir tout ça; pour changer ma vie.

 



Il fait superbe, ce jour-là. L’oasis est fraîche à danser! L’eau du puits de Jacob fredonne sa petite chanson... et: c’est comme une porte ouverte sur le ciel!

Mmm, mmm mmm, mmm mmm mmm mmm (fredonne la mélodie de “l’eau vive”)
Amen
                                      

Jean-Jacques Corbaz



dimanche 20 août 2017

(Pr) Les 4 vandales

Prédication du 20 août 17

Lectures: Marc 2, 1-12; 2 Timothée 2, 8-10; Psaume 41, 2-4


C’est l’histoire de quatre vandales. Qui cassent un toit. Mais c’est mon histoire, et c’est la vôtre aussi!

Ce jour-là, la maison de Simon est pleine de monde, à craquer. Car Jésus est là, et les foules accourent.

Or, voici qu’arrivent quatre hommes qui portent un de leurs amis, paralysé, sur un brancard de fortune. Puisque l’attroupement les empêche d’accéder à Jésus, ces quatre gaillards ont une idée étonnante. Comme un coup de poker.  Sans s’embarrasser des convenances, ils hissent leur compagnon sur la terrasse de la maison, qui fait office de toit, aussi. Là, ils ouvrent un trou, et y font descendre le paralysé jusqu’à Jésus.
  

J’aime cette histoire, en particulier parce qu’elle est riche de symboles. De symboles bien différents de ceux du récit de Jean, que nous avons lu il y a deux semaines.

Evidemment, je préfère que ce soit le toit de Simon qui ait été percé plutôt que le mien! D’ailleurs, le climat et le style des habitations n’est pas le même.

Mais quelle est la première réaction de Jésus, à cet acte de vandalisme? Il admire la foi des quatre hommes, nous dit l’évangile. Non seulement il les félicite, mais encore il discerne, dans leur geste, un acte de foi. Un mouvement religieux!

Et on pourrait, en continuant la lecture de ce passage, méditer longuement sur le pardon des péchés, et sur la conception étriquée qu’avaient en ce temps-là les scribes de la religion. Je l’ai déjà fait. Vous aussi sans doute!


Mais aujourd’hui, j’aimerais m’arrêter avec vous sur ce trou dans le toit, qui est pour Jésus un signe de foi.

Au fond, ce dont témoignent les quatre amis, c’est de leur volonté totale, sans concession, de mettre leur copain handicapé dans la proximité de Jésus. Ils ne se laissent arrêter par rien, ni par la foule, ni par les barrières architecturales.

Leur foi, c’est de crever le toit. Grâce à ce trou, un grabataire a été remis debout; un mort-vivant a été ressuscité.

Ainsi, il a fallu casser, percer, pour que la Vie majuscule puisse se frayer un passage; et pour provoquer une rencontre qui sauve. Vous le voyez, ce passage de l’évangile ne laisse pas indemne. Il a fallu que la foi des brancardiers les transforme en casseurs; qu’elle prenne le visage de l’obstination et du culot, voire qu’elle les amène à commettre un acte de l’ordre du délit!

Et c’est ce trou dans le toit qui va conduire Jésus à, lui aussi, crever une paroi! Il percera un mur plus épais que la terrasse de Simon quand il pénètrera à l’intérieur de cet homme, qui était muré dans son infirmité, emprisonné dans les impasses de la religion juive de son temps.

Jésus ouvre une brèche essentielle quand il prononce ces mots, inouïs (inouïs au sens propre: jamais entendus, puisque seul Dieu, pensait-on, seul Dieu avait le pouvoir de déclarer cela): “Mon fils, tes péchés te sont pardonnés”. Autrement dit: tu es délivré de ce qui t’enchaînait, de ce qui t’empêchait de vivre!
   

J’aime cet Evangile qui ouvre des brèches, qui force des portes, qui crée des passerelles pour que nous puissions nous rejoindre nous-mêmes. Et nous rejoindre les uns les autres!

Des trous dans nos vies opaques, étanches, bétonnées. Des fissures dans les systèmes humains que trop souvent nous érigeons pour nous protéger de l’autre; de l’aventure; de l’inconnu... nous protéger de Dieu même, peut-être? Oui, je crois. Les pharisiens en sont un exemple, en tout cas.

Et voilà donc que retentit pour nous, ce matin, un appel vieux de 20 siècles; mais toujours ô combien actuel. Et jamais, certes, jamais réalisé pleinement. L’appel pour nous, auditeurs de cette Parole, d’ouvrir nos esprits craintifs, nos préjugés, de créer des brèches dans les systèmes d’exclusion de nos sociétés.

Quels sont aujourd’hui les toits à percer, dans notre Eglise réformée? Dans nos villages? Voire en nous-mêmes? Quel béton empêche les paralysés de 2017 d’accéder à la parole du Christ qui libère?

Et aussi, qui sont les brancardiers de notre temps? Ceux qui ont assez de foi pour abattre les toits dont nous avons cru qu’ils nous protégeraient de Dieu? Ceux qui ont assez de culot pour croire au salut des handicapés de la vie?

Il y a 500 ans, des hommes se sont levés, qui ont répondu “présent” à cet appel. Mais qui seront les Luther dont notre siècle a besoin, lui aussi?

Avez-vous remarqué? Au paralysé, Jésus ne demande pas de croire. C’est la foi des porteurs qui lui permet de guérir. Grâce à ces quatre hommes, l’Evangile est présent, pertinent, agissant. Pour le grabataire, il n’y a pas de recrutement, pas de prosélytisme. C’est à travers la foi de quelques-uns que d’autres sont amenés à la Source de la liberté.

Eh bien sachez-le, c’est toujours cela qui est important, dans notre Eglise, dans nos villages. C’est cela qui compte. Que la foi agissante et le culot d’un petit nombre permettent à d’autres d’être mis au contact du Dieu qui redonne une nouvelle jeunesse.

Ce qui compte, chez nous, ce n’est pas tant le succès auprès de tous. Cessons de regretter qu’il n’y ait pas davantage de chrétiens engagés, ici. Mais prions pour que la poignée de convaincus ose, comme ces quatre casseurs de l’évangile, devenir porteurs qui conduisent à la parole du Christ. Créateurs de brèches, où s’engouffre la Vie céleste.

N’est-ce pas justement cela, une Eglise? Des gens reliés ensemble qui se portent les uns les autres, et qui se permettent mutuellement d’accéder au Dieu libérateur?

Amen                                         


Jean-Jacques Corbaz 









dimanche 6 août 2017

(Pr, SB) Quand Jésus fait de la provoc’

Prédication du 6 août 2017   -   "L'humour de l'évangile selon Jean"

Lectures: Jean 5, 1-18; Jean 11, 25-26; Romains 5, 1-2; Ps. 103, 1-13

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Nous sommes à Bethzatha; en hébreu, la “maison de la miséricorde”. Il y a là une piscine dont l’eau est enrichie, à certains moments, par une source thermale. Quand l’eau chaude arrive, la piscine se met à bouillonner. Et on dit que les éclopés de toutes sortes peuvent être guéris, s’ils se baignent à ces moments-là.

Bethzatha, “maison de la miséricorde”, est devenue aussi un lieu de culte pour les croyants d'Israël. Un lieu où on prie et célèbre le Dieu qui offre ces guérisons. Un petit “Lourdes”, si vous voulez.

Et voilà qu’en plus de la piscine curative, en plus du lieu de culte, la “maison de la miséricorde” a fini par devenir une sorte de cour des miracles. Rendez-vous des handicapés, des malades, des éclopés, qui tous sont venus pour attendre le moment où l’eau se met à bouillonner. Ils s’agglutinent autour de la piscine, espérant le miracle. Et, en attendant, ils survivent par la mendicité, en restant là, nombreux: l’évangile nous apprend qu’il y en a plein cinq galeries à colonnes, cinq portiques.
   

Bethzatha. Voilà le cadre de cet épisode de l’évangile, qui est bien différent des autres récits de guérison. En lisant ce passage, je me suis fait quatre remarques.

1) D’abord, on ne nous dit pas comment s’est passé le miracle. L’acte de guérison en soi est presque banalisé, il passe si vite que ça veut sûrement nous indiquer quelque chose. Aucune mention de l’admiration de la foule, comme ailleurs; ni des réactions du miraculé. L’évangile veut donc nous dire que l’essentiel n’est pas dans la guérison. Il faudra regarder au-delà de l’événement.

2) Deuxième remarque. Il est intéressant de relever une différence importante entre l’évangile selon Jean (qui rapporte cette histoire) et les trois autres: chez Matthieu, Marc et Luc, la question du respect de la loi, surtout du sabbat, c’est un problème d’éthique, c’est-à-dire de comportement (“est-ce que c’est bien ou non de respecter le sabbat? Est-ce important, obligatoire?”).

Au contraire, chez Jean, c’est une question de foi au Christ. Le thème du sabbat nous fait mettre le doigt sur la pierre d’achoppement pour les juifs: qui est Jésus? Le problème essentiel est là, à la fin du premier siècle, quand Jean rédige son évangile. Respecter ou non le sabbat n’est plus un débat d’actualité.         La question centrale, c’est notre relation au Christ.

Ce fait est souligné aussi par ce qui est dit du miracle. Car c’est la parole de Jésus qui provoque la guérison: “Lève-toi, prends ta natte et marche!” Et le verbe grec employé ici devrait même être traduit par “promène-toi, va-et-viens”; c’est le verbe “peripatein”, d’où est tiré le nom de ces dames, vous savez, qui vont et viennent sur les trottoirs, pour se montrer: les péripatéticiennes.
  

L’homme guéri ne reçoit pas l’ordre de rentrer chez lui, comme dans l’évangile de Marc. Il doit se balader, aller et venir; se montrer! Nous avons ici un cas typique du fameux humour de l’évangile de Jean. Le miraculé, sur ordre du Christ, fait de la provocation!!

Provocation. Et les juifs tombent dans le panneau, ça ne rate pas! L’essentiel de ce passage sera dans la réaction de ces chefs religieux de Jérusalem, qui ne comprennent rien et accusent.

Pourtant, avez-vous remarqué? Ce n’est pas Jésus qu’ils attaquent, mais l’homme guéri. Ils lui reprochent de porter sa natte un jour de sabbat. Les traditions précisaient que, ce jour-là, on n’avait pas le droit de porter plus que le poids d’une demi figue!

Ainsi, il n’y aura aucune controverse entre Jésus et les chefs juifs, au contraire des autres évangiles. Et c’est le miraculé qui va recentrer le débat en le ramenant à la personne de Jésus. Les autorités religieuses de Jérusalem sont ridicules, elles n’arrivent pas à comprendre où se joue l’essentiel!
    3) La troisième remarque nous ramène à un verset mystérieux et rebutant; mais qui va pourtant s’avérer la clé de toute l’histoire. C’est le verset qui dit: “Ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire”. Spontanément, on a envie de sauter cette phrase. Si l’homme se remet à pécher, dorénavant, est-ce que ça va lui provoquer une maladie pire qu’avant?

Non, ce n’est pas du tout ça. Nous disions tout-à-l’heure que l’essentiel, dans l’évangile de Jean, c’est notre relation au Christ.  Cela nous aide à discerner que, dans ce récit, il y a une double guérison: la guérison physique, et puis celle de la foi, celle qui fait passer de la mort à la vie.

En croyant en Jésus, fils de Dieu, l’homme est guéri d’une maladie autrement plus mortelle que sa paralysie! Le pire, c’est ce dont Jésus est venu nous délivrer, c’est le fait de ne pas connaître Dieu, son pardon, sa grâce!

La guérison physique n’est pas l’essentiel, elle n’est qu’un signe du salut. L’ancien paralysé pourrait n’être encore qu’un mort-vivant, desséché non plus à l’extérieur, mais à l’intérieur. Ce serait ça, le pire! Et le péché, c’est justement de ne pas croire au Fils, qui veut nous faire passer de la mort à la vie.
(Entre parenthèses, voyez cet humour de Jean: tandis que Jésus veut nous faire passer de la mort à la vie, les chefs juifs, eux, ne rêvent que de faire passer Jésus de la vie à la mort!!
   

4) Dernière remarque. Et nouveau contraste avec Jésus. Ce que voit le Christ, c’est d’abord la longue détresse de cet homme, ces 38 ans de calvaire. Jésus savait, dit l’évangile. Un regard lui suffit pour comprendre la souffrance du paralysé.

Ce que voit Jésus, c’est la détresse de cet homme, tandis que les chefs juifs, ô ironie, ne sont attentifs qu’à la transgression de la loi. L’homme guéri a dû retomber de haut, en étant accueilli de manière aussi mesquine par les autorités de sa religion!

Le regard de Jésus sur nos misères humaines, nos souffrances, nos paralysies, c’est cela qui nous sauve, aujourd’hui comme hier.


Il faut regarder au-delà des événements, disions-nous tout-à-l’heure. Ce récit de l’évangile nous invite ainsi à voir nos vies d’un oeil neuf, au-delà de la banalité, de la grisaille parfois. Regarder nos vies avec la sympathie de Jésus pour le paralysé, et pour tous les autres qui souffrent, qui luttent, qui espèrent. En quoi peut-il nous ouvrir, nous aussi, à la Vie majuscule, avec lui?

Beaucoup d’êtres humains passent pas la souffrance, la maladie, le désespoir. Beaucoup encore s’en sortent. Mais bien plus rares sont ceux que le passage par le désert de la souffrance fait naître à une dimension nouvelle, avec le Christ; la vraie Vie.


Cette année, nous célébrons les 500 ans de la Réforme. Souvenir d’un passage décisif, mais difficile, vers la connaissance de la grâce, du pardon de Dieu en Jésus. Nous, réformés, nous ressemblons à cet impotent de Bethzatha. Guéris, remis debout par le Saint-Esprit, nous le croyons; guéris, et pourtant toujours faibles et titubants, jamais à l’abri du péché (le péché d’oublier le Christ, son amour, son salut).

“Ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire”. Comme le paralysé guéri, nous rencontrons, une fois reçue la Vie, toutes sortes d’obstacles, et même (et surtout!?) des obstacles religieux! Pour l’homme de Bethzatha, c’étaient les juifs et leur courte vue. Pour nous, serait-ce peut-être une sorte de contentement de nous-mêmes qui empêcherait la grâce du Christ d’agir pleinement (“Nous sommes sauvés, donc mangeons et buvons!”)?

Puissions-nous, autour du souvenir de la Réforme, raboter un peu nos autosatisfactions, dans nos vies religieuses comme dans notre quotidien. Puissions-nous avoir, pour le monde et pour nous-mêmes, un regard qui s’inspire de celui du Nazaréen. Afin de toujours mieux passer, avec lui, de la mort à la Vie!


Nos Eglises, comme notre existence privée, n’ont pas à être réformées une fois pour toutes, pour devenir parfaites. Ce n’est pas en notre pouvoir! Vous le savez, elles ont, au contraire, à être toujours réformées à nouveau, toujours ré-illuminées par la présence du Christ. C’est ainsi seulement qu’elles pourront éviter de devenir comme les chefs juifs d’il y a 2000 ans, crispés sur le poids d’une demi figue, et passant à côté de la guérison de Dieu!

Aujourd’hui, nous sommes guéris, libérés par la puissance du Ressuscité; ce qu’on appelle la grâce. Comment allons-nous re-frayer sans cesse le chemin vers sa lumière, pour qu’y repoussent le moins possible des mauvaises herbes et des ronces? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz  



mardi 11 juillet 2017

(FA, SB, Vu) Les doctrines ne doivent pas prendre la place de Jésus lui-même


Parlons de Jésus

La première chose à dire est que Jésus nous a enseigné l'amour et la compassion que Dieu montre toujours à l'égard de tout le monde, sans tenir compte des différences de race, de religion, du sexe ou de l'âge. Un amour et une compassion que Dieu conserve même à l'égard des coupables les pires qui soient sous le soleil.

Non pas qu'il soit indifférent au bien et au mal : Jésus s'est toujours montré parfaitement lucide. Mais lorsqu'il s'est trouvé en présence d'un escroc inexcusable, il ne lui a pourtant pas tourné le dos. Il n'a, d'ailleurs, tourné le dos à personne. Contrairement à son époque, il considérait les femmes comme égales des hommes. Il partageait les repas des exclus. Il montrait de l'estime au petit peuple et de l'attention aux enfants.

En se conduisant ainsi, Jésus nous révélait l'attitude de Dieu à l'égard des hommes, qui est aussi, naturellement celle Dieu attend de nous. C'est en regardant la manière dont Jésus se conduisait dans son humanité que nous voyons en lui la présence de Dieu. Jésus n'a jamais dit qu'il était Dieu, mais quand on le rencontrait, on avait l'impression de rencontrer Dieu. Il était la vitrine de Dieu.

Paul, qui a écrit les textes les plus anciens du Nouveau Testament, a dit : « Dieu était en Christ » (2 Corinthiens 5, 19). On a réduit plus tard cette phrase en disant : « il était Dieu ». Mais cela n'enlevait rien à son humanité.

L'exécution publique de Jésus

Jésus est resté fidèle à ses convictions jusqu'à sa mort sur la croix qu'il a subie en compagnie d'autres hommes condamnés par les Romains comme criminels. Ces exécutions publiques étaient malheureusement courantes à l'époque et avaient pour but de terroriser les opposants au régime.

Dans le cas de Jésus, ce furent des raisons à la fois politiques et religieuses qui motivèrent son exécution et mirent un terme à l'espoir de le voir instaurer un règne de justice et de paix. Mais on ne peut en rendre responsable le peuple juifs dans son ensemble.

La croix, symbole d'amour

Jésus a prié pour les bourreaux qui le crucifiaient et sa croix est devenue le symbole de l'Amour total. Elle a bouleversé toutes les valeurs humaines. Les soldats l'avaient traité de roi pour se moquer. Un écriteau sur la croix l'accusait faussement de s'être prétendu « roi des Juifs ». Mais on compris plus tard que c'était pourtant ainsi qu'il avait montré ce que pouvait être une véritable royauté, une royauté comme celle de Dieu, fondée sur l'amour et non sur la puissance. La croix est symbole du christianisme pour montrer que le règne et la puissance appartiennent à un crucifié impuissant.

La croix, symbole du mal

La croix est aussi devenue le symbole central du mal puisqu'on y a crucifié celui qui incarnait l'amour. Les hommes trouvent toujours de bonnes raisons pour écraser l'amour et la justice. Caïphe et Pilate voulaient préserver l'ordre dans l'Empire. C'est d'ailleurs souvent au nom du respect de l'ordre que l'on viole les droits de l'homme.

Les hommes qui se sont entendus pour clouer sur la croix la plus belle histoire d'amour que le monde ait jamais connue, n'ont pas seulement commis un crime contre la personne de Jésus, mais contre l'humanité tout entière, un crime contre Dieu lui-même. C'est ainsi que la croix qui est le symbole de l'Amour le plus absolu, est aussi celui du mal le plus destructeur.

A la fois symbole de l'amour et du mal, la croix est le symbole centrale de la foi chrétienne que d'ailleurs Paul résumait ainsi : « Nous prêchons le Christ crucifié » (1 Corinthiens 1, 23).

Il n'est pas étonnant, qu'au premier siècle où la religion s'exprimait normalement dans des temples et des sacrifices d'animaux, on ait cherché à rendre compte de la mort de Jésus en termes de sacrifice de purification et de régénération, de purification par le sang de la croix. Ce langage est évidemment aujourd'hui difficilement compréhensible et on pourrait trouver des images plus actuelles pour rendre compte du ministère de Jésus et de sa mort.

La résurrection

Les textes les plus anciens du Nouveau Testament mentionnent l'extraordinaire témoignage de Pierre affirmant avoir entrevu que Jésus était vivant ; il n'était pas resté dans le sommeil de la mort mais était passé à un niveau d'existence supérieur. Nous ne possédons aucune description de l'époque décrivant ce que Pierre a vu, mais d'autres témoins, des hommes et des femmes ont dit avoir eu de semblables expériences. La conviction que Dieu avait ressuscité Jésus devint dès lors l'affirmation centrale de la nouvelle foi chrétienne. Les disciples bouleversés et démoralisés par la croix se retrouvèrent missionnaires enthousiastes.

L'événement fut d'abord formulé : « Dieu a ressuscité Jésus des morts » ; « Jésus est monté au ciel et s'est assis à la droite de Dieu » ; « Jésus règne ».

Mais il peut aussi être exprimé : « Jésus vit avec Dieu » ; « Dieu considère Jésus comme son représentant » ; « Jésus incarne la volonté et l'être même de Dieu » ; « Dieu a dit "oui" à Jésus ».

Cela signifie en fait que tout ce que Jésus a dit et fait au nom Dieu est vrai ; c'est par lui que brille la lumière.

La bonne nouvelle de Jésus

Les titres de « Fils de Dieu » et de « Seigneur » ont été alors largement employés. Ils ont des avantages et des inconvénients : « Fils de Dieu » suggère bien la proximité de Dieu dont Jésus témoignait, à la conviction que Jésus fait partie de la famille de Dieu et à son affirmation que Dieu est, pour tous, un Père aimant. Si un homme est fils de Dieu, Jésus l'est davantage encore.

Par contre ce langage peut provoquer de la confusion en induisant l'idée que Dieu fait partie intégrante de l'arbre généalogique de Jésus. Il ne faut pas prendre littéralement les belles légendes de la naissance miraculeuse de Jésus qui entendent seulement signifier que Dieu était, depuis le début, impliqué positivement dans le ministère de Jésus.

La Trinité

Le dogme de la Trinité est l'un des éléments importants mis en place par l'Église pour structurer sa foi. « Les trois "personnes" que sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit n'en forment qu'une ».

- D'une part il n'y a qu'un Dieu.
- D'autre part on ne peut pas dire tout simplement que Jésus est Dieu, car ce serait ignorer sa nature d'être humain.
- Enfin, il arrive que l'on parle séparément du Saint-Esprit, en disant par exemple que « Dieu a envoyé l'Esprit ».

Dans les trois cas c'est bien de Dieu qu'il s'agit.

L'Esprit désigne traditionnellement la puissance créatrice de Dieu qui crée du neuf et ouvre à de nouveaux espoirs.

La question de Jésus est plus compliquée : est-il en même temps homme et Dieu ? Avait-il une double personnalité ?

Peut-être ne pourrons-nous jamais répondre précisément à ces questions. Elles n'ont, d'ailleurs, guère de signification. Il vaut mieux y renoncer et nous borner à comprendre que Jésus est un exemple de relation parfaite à Dieu, qu'il lui a manifesté une ouverture absolue qui apparaît clairement en particulier lorsqu'il le priait. C'est justement à cause de sa disponibilité à la présence divine que celle-ci brûlait de façon si brillante à travers lui.

Néanmoins les gens ne font souvent plus, aujourd'hui, de différence entre Dieu et Jésus. Certains prient plutôt le Père, d'autres Jésus. Mais c'est bien toujours Dieu qui écoute ces prières. C'est pourquoi bien des gens disent tout simplement : Jésus est Dieu. Se tourner vers Jésus est se tourner vers Dieu.

- La vie terrestre de Jésus montre son humanité.
- La vie actuelle de Jésus souligne sa divinité.

La confession de foi de l'Église s'est toujours efforcée de maintenir ces deux aspects.

Conclusion

La seule image que nous puissions avoir de Jésus est celle qui nous a été transmise par l'Église, mêlée de toutes les doctrines élaborées au cours des siècles. Et pourtant, nous en sommes témoins, cette image transforme avec puissance nos vies et nos pensées. Les doctrines ne doivent pas prendre la place de Jésus lui-même. Mais bien que son souvenir soit largement recouvert par de multiples interprétations théologiques, dont certaines sont souvent bien mal interprétées, c'est toujours par leur intermédiaire que nous rencontrons le Christ vivant.

Bill Loader,
professeur de Nouveau Testament à la Murdoch University de Perth (Australie)


Traduction Gilles Castelnau


mardi 4 juillet 2017

(Pr) Derrière la croix, un trésor. Prédication du 2 juillet 17

Lecture: Marc 9, 2-10


Dans un EMS, deux femmes âgées, toutes ridées, discutent.
- Tu te souviens, dit l’une, quand on était jeunes; comme nous avons prié pour ressembler à Brigitte Bardot?
- Oh oui, fait l’autre. J’en ai pleuré. Ça ne marchait pas...
- Mais, fait la première: maintenant, on est exaucées!
 


Voilà. Avec Dieu, il faut être patient. Pour lui, mille ans sont comme un jour. Quand c’est pas le moment, c’est pas le moment! Et les vérités d’aujourd’hui ne sont pas toujours celles de demain!

C’est ce que nous dit aussi le récit de la Transfiguration. Quelle étrange histoire! Pourquoi Jésus se montre-t-il tout à coup sous cette apparence d’une blancheur éclatante, avec Moïse et Elie à côté de lui? Et pourquoi demande-t-il à ses disciples de garder le silence sur ce moment?

Pour trouver réponse à ces questions, il faut savoir que tout l’évangile de Marc, qui rapporte notre récit, est construit sur le schéma d’une intronisation royale égyptienne. Au pays du Nil,  le nouveau souverain était proclamé en trois phases:

1° Les dieux annoncent à l'heureux élu qu'il a été choisi par volonté divine.

2° Les dieux proclament à la cour l'identité du nouveau roi.

3° Le peuple accepte et reconnaît solennellement son souverain, qui du coup devient comme dieu, lui aussi.

L’évangile de Marc place la première phase au moment du baptême de Jésus (lorsque la voix du ciel annonce "Tu es mon fils bien-aimé...": Marc 1, 11).

- la deuxième phase a lieu lors de notre récit de la "Transfiguration" (la voix du ciel proclame aux disciples "Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le": Marc 9, 7).

- et la troisième, à l'instant de la mort de Jésus (l'officier romain, pourtant païen, reconnaît "Celui-ci était vraiment le fils de Dieu": Marc 15, 39).

Ce schéma montre une chose capitale, pour Marc: on ne peut connaître vraiment le caractère divin de Jésus que face à la croix. Tous, disciples et païens, sont sur le même pied: ils ne peuvent savoir vraiment "qui est cet homme" qu'au vu de la manière dont il a accepté de mourir. Jésus n'est roi que sur la croix, ce qu'accentue encore la couronne d'épines!
  

Avant sa mort à Golgotha, tout le monde se méprend au sujet du Christ. Et Marc multiplie les récits de controverses avec les Juifs, scribes ou pharisiens, qui se fourrent le doigt dans l'oeil à son propos. Sa famille (3, 20-21) croit qu'il est devenu fou (ici pas de Marie qui reçoive une annonciation et croie d'emblée, comme chez Luc). Même ses plus proches compagnons se posent beaucoup de questions à son sujet (par ex. 4, 40-41).

Le comble, c'est quand Jésus annonce sa mort et sa résurrection   (et il le fait trois fois): juste après, les disciples manifestent par leur réaction qu'ils n'ont rien compris; que le sens profond de Vendredi saint et Pâques leur échappe:

- la première fois, Pierre fait des reproches à Jésus à propos de ce qu'il a dit (8, 31-33);

- la deuxième, les disciples se disputent pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand (9, 30-34);

- et la troisième fois, Jacques et Jean lui demandent de pouvoir siéger avec lui dans sa gloire. Alors qu'il vient d'annoncer sa mort et ses souffrances à venir (10, 33-37)!

Ce n'est pas que les disciples soient spécialement obtus, pour Marc. Mais ils révèlent, par leur attitude, l'impossibilité pour tout être humain de comprendre véritablement qui est Jésus, fils de Dieu, tant qu'on ne l'a pas contemplé mourant sur la croix. Tant qu'on n'a pas vu de quel bois sa royauté était réellement constituée.

Et c’est exactement ça la raison du secret demandé par Jésus aux disciples. Après les miracles, comme après les annonces de ses souffrances, Jésus doit mettre le “black out” parce que c’est trop tôt. Personne ne peut comprendre encore. Ce n’est qu’après sa mort que les choses deviendront claires.

Par conséquent, nous suggère l’évangile de Marc, tout converge vers Vendredi saint et Pâques. Les événements de ces trois jours sont la clé pour connaître l'essentiel du Christ. Sans eux, on risque fort de se méprendre à son sujet; de le confondre avec un chef politique; ou un magicien tout-puissant; ou un savant qui aurait réponse à tout. Seule la croix nous montre le caractère résolument non-violent de Jésus. Son abaissement consenti. Et donc son respect absolu de notre liberté.

Disons-nous bien que nous ne sommes pas plus clairvoyants que les "douze", nous lecteurs du 1er ou du 21ème siècle. Nous risquons toujours de confondre le Christ avec une de nos "idoles", une des projections de nos désirs.

Le Dieu de l'évangile nous aime trop pour restreindre notre liberté. Il n'est pas tout-puissant, il est d'abord solidaire de nos souffrances, de nos doutes, de nos échecs. Il se tient du côté des victimes et des rejetés.

  

La Transfiguration joue donc un rôle central dans l’évangile: elle annonce Pâques. Il s’agit de préparer les disciples à affronter l’arrestation de Jésus, ses souffrances et sa mort. Dieu soulève en quelque sorte le voile pour montrer ce qu’il y a derrière les épreuves à venir: au-delà de ces jours de tempête, il y a la pleine lumière de ce qu’on appelle ailleurs le Paradis. La condition divine du Christ est une porte ouverte sur un avenir de salut, de guérison; de bonheur, de fête sans limite.

Cet avenir promis, c’est l’accomplissement de tout ce qu’annonce l’Ancien Testament. Moïse et Elie symbolisent ici, le premier la “Loi”, et le second les “prophètes”, soit les deux catégories de paroles qui sont au centre des Ecritures juives. Ils assurent au croyant que ce Jésus resplendissant de présence divine, c’est bien le Sauveur envoyé par Dieu.

Et c’est pour cela que Pierre veut dresser des tentes: il aimerait tant pouvoir rester dans cette atmosphère de bonheur parfait, cadeau du Père. Il aurait tant de plaisir à jouir longtemps des félicités célestes, plutôt que de redescendre affronter les souffrances et la peur, celles de Jésus, et plus tard les siennes...

Mais non: quand c’est pas le moment, c’est pas le moment, comme pour Brigitte Bardot! La Transfiguration n’est pas un but à atteindre, ni une récompense finale. Elle est là comme une annonce des réalités qui nous attendent, après la croix. Dieu en somme entrouvre la porte pour donner du courage à ses amis: voyez, derrière les épreuves et la mort, vous attend un trésor!

La Transfiguration est une promesse. Elle est comme un remontant, comme des vitamines qui permettront aux chrétiens de traverser les épreuves avec courage, en restant debout. Elle s’adresse aux compagnons de Jésus, mais aussi aux croyantes et croyants de tous les temps après lui: sachez-le bien, au-delà des injustices, des persécutions, des catastrophes, aujourd’hui encore, derrière la croix et la mort, vous attend un trésor.
  

Il est là, notre bonheur, à nous chrétiens. Et j’ai apprécié que, comme par hasard, le “Réformés” de juillet-août, que vous venez de recevoir, consacre plusieurs pages à ce thème du bonheur. Lisez-les! Et surtout, (ré)apprenez toujours mieux à être heureux, grâce à Dieu!
 

Deuxième coïncidence: lorsque je lui ai demandé de jouer pour notre culte sur son accordéon, Jacques-Louis Rochat m’a spontanément proposé la belle chanson de Gilles “Le bonheur”. Et que nous la chantions avec lui. J’ai accepté avec joie! Et c’est ainsi que, cette prédication, nous allons la conclure tous ensemble en chantant: “Le bonheur”. Merci!                                    
  
Gilles


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 18 juin 2017

(Hu) À Blonay aussi (chanson pour mes adieux)

(Pour vous dire ma reconnaissance pour ces 11 mois de bonheur, j’ai préparé une petite chanson, avec l’aide du grand Fernandel et de sa fameuse amie Félicie… aussi!
Vous y rencontrerez quelques allusions à des personnes réelles de la paroisse, mais elles représentent toutes les autres – il m’aurait fallu une chanson de 2h pour toutes les mettre!)


À Blonay aussi

– Envoyé par mon Eglise,
J’ai découvert Blonay-Saint-Légier,
Pour moi, quelle belle surprise,
J’y ai trouvé tout ce dont je rêvais!
Les Lausannois, très étonnés,
Ont essayé de m’objecter:

– Dans les paroisses de ville,
La vie paraît plus facile, – à Blonay, aussi!
On y trouve des boutiques,
D’excellents transports publics, – à Blonay, aussi!
Un’ secrétaire de paroisse
Souriante et efficace, – à Blonay, aussi!
Des médecins, des dentistes, des bars et des garagistes,
Mêm’ de tout grands organistes, – à Blonay, aussi!
  


– Moi qui viens d’un hameau tranquille,
Je rêve de calme et de paix,
La cure de Goumoens-la-ville
Et ses villageois me comblaient.
Des amis, près de Palézieux
Voulaient m’embaucher par chez eux:

– Si tu choisis la campagne,
T’auras vue sur les montagnes, – à Blonay, aussi!
Beaucoup de gens se connaissent,
Tu verras leur gentillesse, – à Blonay, aussi!
Tu trouveras au village un château du Moyen Âge,
Des gens très âgés et sages, – à Blonay, aussi!
Qui te diront leur histoire,
Tu aimeras leur mémoire, – à Blonay, aussi!



– Moi qui aime les paysages
Des montagnes de par chez nous,
Me balader dans les alpages
Et voir fleurir… les cailloux,
Je reçois l’appel d’un cousin
Qui cherche un pasteur pour Leysin:

– Si tu viens dans nos préalpes,
Tu s’ras reçu comme un pape, – à Blonay, aussi!
T’auras des églises pleines,
Enfin: pas chaque semaine, – à Blonay, aussi!
Les gens se sourient toujours,
Dans la rue, on dit «Bonjour! », – à Blonay, aussi!
Ils ont le cœur sur la main,
Les Bonjour et les Mamin, – à Blonay, aussi!

Chez nous, les filles sont belles,
Et les amitiés fidèles, – à Blonay, aussi!
Un député amical
Te jouera du cor des alp’ – à Blonay, aussi!
Une coiffeuse engagée
T’offrira des p’tits cafés, – à Blonay, aussi!
Et le sourir’ d’Antoinette te mettra le cœur en fête
Bien au-d’là de ta retraite, – à Blonay, aussi!



– Cela fait bientôt une année
Que je suis past’heureux à Blonay,
Hélas, ma pige est terminée,
Ce temps, je le regretterai,
Votre accueil était chaleureux,
J’en ai du soleil plein les yeux!

J’ai connu des joies immenses,
Une vie pleine et intense, – à Blonay, aussi!
Avec mon coeur, mes limites
J’ai chanté Dieu… sans mérite – à Blonay, aussi!
Au pays de mon enfance
En retournant je repense, – à Blonay, aussi!
Quand nous revivrons ensemble,
Au paradis, ça ressemble, – à Blonay, aussi!

J’ai connu des joies immenses,
Une vie pleine et intense, – à Blonay, aussi!
Avec mon coeur, mes limites
J’ai chanté Dieu… sans mérite – à Blonay, aussi!
Au pays de mon enfance
En retournant je repense, – à Blonay, aussi!
Quand nous revivrons ensemble, tellement beaux que j’en tremble,
Au paradis, ça ressemble, – à Blonay, aussi!!




Jean-Jacques Corbaz