Pour vous y retrouver

Bonjour! Bienvenue sur ces pages, que j'ai plaisir à ouvrir pour vous!
Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
- annonce (An),
- billet (Bi),
- citation (Ci),
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- conte (Co),
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- liturgie (Li),
- poésie (Po),
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- réflexion (Ré),
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- vulgarisation (Vu).
Bonne balade entre les mots!
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dimanche 15 janvier 2017

(Hu) Voeux... prudents!

  

JE VOUS RENOUVELLE MES VOEUX MAIS AVEC PRUDENCE 

Je voulais vous envoyer mes vœux, mais après consultation de mon avocat, je me suis rendu compte de l'imprudence de ma formulation.
Vous souhaiter une bonne année, une bonne santé et la prospérité me soumet en effet au risque de poursuites...
Voici donc la version rectifiée de mes vœux, qui est en conformité avec le principe de précaution inscrit dans la Constitution :

Je vous prie d'accepter, sans aucune obligation implicite ou explicite de votre part, mes vœux à l'occasion du solstice d'hiver et du premier de l'an, en adéquation avec la tradition, la religion ou les valeurs existentielles de votre choix, dans le respect de la tradition, de la religion ou des valeurs existentielles des autres, ou dans le respect de leur refus, en la circonstance, de traditions, religions ou valeurs existentielles, ou de leur droit de manifester leur indifférence aux fêtes populaires programmées.
Ces vœux concernent plus particulièrement :
- la santé, ceci ne supposant de ma part aucune connaissance particulière de votre dossier médical,
- la prospérité, étant entendu que j’ignore tout de la somme figurant sur votre déclaration de revenus, ni de votre taux d'imposition,
- la joie, sachant qu'il n'est pas dans mon intention de vous recommander un type de bonheur.

Nota Benne :
Le concept d'année nouvelle est ici basé, pour des raisons de commodité, sur le calendrier grégorien, qui est celui le plus couramment utilisé dans la vie quotidienne de la région à partir de laquelle ces vœux vous sont adressés. Son emploi n'implique aucun désir de prosélytisme.
- le fait de ne pas dater ces vœux du yawl as-sabt 1 Safar de l'an 1435 de l'Hégire (fuite du Prophète à Médine) ne constitue ni une manifestation d'islamophobie, ni une prise de position dans le conflit israélo-palestinien,
- le fait de ne pas dater ces vœux du 2 Teveth 5774, ne constitue ni un refus du droit d'Israël à vivre dans des frontières sûres et reconnues, ni le délit de contestation de crime contre l'humanité,
- le fait de ne pas dater ces vœux du 3ème jour (du Chien de Métal) du 11ème mois (Daxue, Grande Neige) de l'année du Dragon d'Eau, 78ème cycle, n'implique aucune prise de position dans l'affaire dite "des frégates de Taïwan",

Clause de non responsabilité légale :
En acceptant ces vœux, vous renoncez à toute contestation postérieure.
Ces vœux ne sont pas susceptibles de rectification ou de retrait.
Ils sont librement transférables à quiconque, sans indemnités ni royalties.
Ils n'ont fait l'objet d'aucun dépôt légal. Ils sont valables pour une durée d'une année seulement.
A l'issue de cette période, leur renouvellement n'a aucun caractère obligatoire et reste soumis à la libre décision de l’expéditeur.
Ils sont adressés sans limitation préalable liée aux notions d'âge, de genre, d'aptitude physique ou mentale, de race, d'ethnie, d'origine, de communauté revendiquée, de pratiques sexuelles, de régime alimentaire, de convictions politiques, religieuses ou philosophiques, d'appartenance syndicale, susceptibles de caractériser les destinataires.

(Anonyme) 






dimanche 8 janvier 2017

(Pr, Vu) Chercher et grandir

Message “adultes” du 8.1.17: les chercheurs de sens

Lecture: Matthieu 2, 1-12



Ce matin, j’ai rencontré le train, non pas de rois mais de mages. Savants chercheurs de vérité, pèlerins de mystère. Ils m’ont dit:

Nous sommes en quête du savoir qui dépasse tous les savoirs, nous cherchons les secrets de nos origines et de notre fin; le but du monde, son sens; et son pourquoi.

Nous avons interrogé la science, bien sûr, ont-il ajouté. Et la science nous a donné des réponses. Mais chaque réponse ouvrait davantage encore de questions. Derrière chaque étoile, nous apercevons tant d’infini qu’on en attrape le vertige.

Alors, nous nous sommes trouvés face au mystère de la transcendance. Nous avons voulu interroger le monde du spirituel, et de la foi. Les astres nous ont mis en chemin vers la ville des pèlerinages, Jérusalem. Et là, nous avons demandé à quelle direction tout obéit; à qui appartient cette terre
?


Quand on pose ce genre de question, qui est une affaire de pouvoir, c’est toujours le pouvoir qui commence à répondre. En vrai politique, Hérode va chercher à contrôler leur quête.

Mais les mages ne sont pas nés de la dernière pluie. Ils savent qu’il n’est pas prudent, pour la science, de demander son chemin au pouvoir. Alors, ils posent la question en termes plus religieux.

Du coup, le roi Hérode sollicite ses conseillers théologiens, spécialistes du sacré. Tout en pensant “Je vous montrerai, moi, qui commande, ici-bas!”

Lesdits consultants finissent par trouver, dans leurs vieux livres, que c’est à Bethléem qu’il faut aller. Ils l’expliquent, mais eux ne se déplacent pas.

Hérode, à son tour, renseigne les mages, et leur demande de le tenir informé. Mais lui non plus ne bouge pas.

Les mages, eux, se remettent en route. L’étoile leur indique un lieu. Voici la fin de leur long voyage.


Mais là, il n’y a qu’un bébé, nu dans une mangeoire à bétail. Et ses parents, gens du bas-peuple. Ni palais, ni courtisans; ni serviteurs, ni fleurs, ni rubans. Etrange royauté! Royale étrangeté!

Et soudain, les mages comprennent; ou mieux: ils reçoivent. Car la clé du mystère, ce n’est pas une connaissance; ce n’est pas une équation complexe. Non, le secret, c’est le don. C’est l’amour offert. Jésus, ça veut dire “Dieu sauve”. Il sauve et ne juge pas.   Il libère et n’enfonce pas. Il est si petit, mais c’est nous qu’il veut faire grandir.

Alors, les mages se prosternent. Ayant tout reçu, ils donnent ce qu’ils ont de plus précieux: l’or, symbole de royauté; l’encens, signe de vie spirituelle; et la myrrhe, qui annonce déjà la mort...


Et en offrant, leurs yeux s’ouvrent encore. Ils voient maintenant que toute la valeur de leurs oeuvres, et de leurs calculs, c’est d’abord de pouvoir être donné. Gratuitement. Puisque c’est en donnant que l’homme rencontre son Dieu. Et lui ressemble. Quand tu deviens cadeau, oui, tu es image de Dieu!

Ils peuvent alors se retirer. Par un autre chemin, car différents. Car enrichis d’une fabuleuse force intérieure.


Ces mages nous montrent la route, à nous aussi. Qui que nous soyons, quel que soit notre âge ou notre bagage-érudition, ils nous invitent à nous déplacer, à notre tour. Pour recevoir cet incroyable équilibre intérieur.

Où avez-vous lu, dans l’évangile, qu’ils étaient trois? Et comment ils s’appelaient?

Toi qui m’entends, je te le dis: les mages sont ici, à Saint-Légier et Blonay. Et l’un d’eux porte ton nom.

Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz  

Images: Kees de Kort


samedi 31 décembre 2016

(Bi) Bonne année 2017!



Cultiver la tendresse

L’année a pris un coup de vieux et avance, fatiguée, vers sa fin. Elle est devenue plus frileuse, plus sombre; ses yeux souvent humides. Résignation, nostalgie: la Passion, elle ne la vivra plus.

Et c’est dans ce temps morose que l’Évangile rappelle l’étonnante nouvelle: justement là, au plus creux de nos “humâneries”, Dieu est venu. Enfance, lumière, vie; rire, tendresse, espoir: tout cela, Il vient nous l’offrir.

Pas sur un plateau, bien sûr !  Pas les fruits, tout cuits. Mais plutôt les semences, pour que nous puissions mesurer l’importance de ce long accompagnement; maturation, soucis, espérance. On aime et on respecte avant tout ce qu’on a aidé à faire grandir.

Et c’est aussi dans ce temps usé et froid qu’il nous invite à aller les uns vers les autres. À nous offrir, à son image: lumière, sourire, chaleur; humour, tendresse, proximité...

Voilà ce que voudrait être notre foi: un carrefour où nous puissions recevoir ces cadeaux du Christ, toujours en train de naître au milieu de nous; et aussi ces cadeaux les uns des autres. Pour que notre fin d’année prenne un peu plus les couleurs du printemps !

Avec vous, dans la joie de l'année qui vient

Jean-Jacques Corbaz

dimanche 25 décembre 2016

(Co) Le Noël de Gaspard


À la sortie de la ville où se passe notre histoire, on traverse un quartier de belles maisons. L’une d’elles, déjà ancienne, se remarque de loin: elle est coiffée par une coupole, on dirait un gros chapeau tout rond. Dans cette villa habite un homme, seul. Il s’appelle Gaspard, il a 60 ans. Ses parents étaient de riches commerçants. Mais cela fait déjà 20 ans qu’ils sont morts. Gaspard a hérité d’une fortune considérable.

Alors, délivré du souci de gagner sa vie, il s’est consacré à sa grande passion: l’astronomie. Dans l’ancien galetas de la maison, il a fait installer un petit observatoire, avec un télescope et cette coupole qui retient le regard. C’est là qu’il passe une bonne partie de ses nuits, à contempler la marche des étoiles et des planètes, calculer les dates des éclipses et des comètes, et surtout admirer les merveilles d’un ciel brillant tel mille paillettes d’or sur fond bleu velours... C’est magnifique!

Pendant la journée, Gaspard... dort. Il se réveille vers midi, et ...  il s’ennuie un peu en attendant la nuit! Pour passer le temps, il écrit des livres, prépare des conférences, ou rédige des articles pour quelques revues. Il vient d’ailleurs de recevoir un prix important, en récompense de ses travaux scientifiques: une grosse somme d’argent. Mais que va-t-il faire du paquet de billets de banque, gagnés à cette occasion? Il l’a déposé provisoirement dans un petit coffre, chez lui. Certains de ses collègues ont fait cadeau de prix semblables à des institutions de bienfaisance... Oh, c’est une chose à voir.

Il faut dire encore qu’aux yeux des habitants de ce quartier, l’astronome Gaspard passe pour un original. Quand il marche dans la rue, il est tellement perdu dans ses pensées qu’il en oublie de saluer ceux qu’il rencontre: - “Bonjour, M. Gaspard, ça va?” - ”mmm...”  - “Bonjour, Gaspard!” ... Pas de réponse. C’est à peine s’il s’adresse de temps en temps à la femme de ménage qui vient chaque semaine nettoyer chez lui. Elle doit faire bien attention de ne pas déranger les papiers de son bureau. La première fois qu’elle est venue, il lui a dit: - “Vous savez, Mme Dufey, si vous touchez à une seule des feuilles sur lesquelles je travaille, eh bien c’est vous qui écrirez le prochain article pour la revue SCIENCE ET VIE !”

Gaspard n’a pas d’amis, sauf peut-être le syndic de la commune, qui habite dans la maison voisine. Ils ont été tous les deux à la même école, et, quand ils se voient, ils se font un bout de conversation par-dessus la clôture qui sépare leurs jardins.
  


Les jours suivant les jours, on arrive à la veille de Noël. Autrefois, chez Gaspard, on préparait une belle fête de famille. On chantait des cantiques, le père ouvrait sa Bible, et lisait le récits des bergers, et celui des mages... et cette dernière histoire plaisait tout spécialement à Gaspard!  Autrefois. Mais à présent, tout cela est bien loin. Tout est différent: plus de famille, plus de cantiques, plus de Bible ouverte... En cette soirée du 24 décembre, Gaspard est seul. Et il veut rester seul. Son unique compagnie, ce seront les étoiles et les planètes. Il monte donc à son observatoire, ouvre la coupole, et commence à regarder le ciel.

Tout-à-coup, il voit, parmi les astres immobiles qui scintillent,  un corps lumineux, une étoile... qui avance? Gaspard, très intrigué, suit le déplacement de ce point lumineux. Qu’est-ce que c’est? Et il est plus étonné encore quand il le voit brusquement s’arrêter - quel étrange phénomène! Il repense alors à ce verset des Noëls de son enfance: “L’étoile que les mages avaient vue en Orient allait devant eux, jusqu’au moment où, parvenue au-dessus de la maison où se trouvait le petit enfant, elle s’arrêta.” Ce souvenir fait que l’astronome, sans réfléchir, abaisse son télescope et voit, aussitôt, l’image d’une maison sur une colline. “Tiens, le centre des réfugiés et des prisonniers de guerre!” se dit-il.

En effet, depuis quelques mois, cette ancienne maison accueille des soldats blessés par un terrible conflit, en Syrie, ainsi que des familles de sans-abri, dont les habitations ont été détruites par les bombes. Ces gens ont tout perdu à cause de la violence. Il y a des hommes, des femmes, des enfants, entassés dans cette vieille bâtisse qui avait été longtemps abandonnée. Ils y vivent dans une grande pauvreté, augmentée encore par l’éloignement de leurs familles, de leurs amis. Beaucoup de leurs proches ont d’ailleurs été tués, certains ont disparu, plus personne n’a de leurs nouvelles. Inquiétude, colères d’impuissances... On est bien loin de la paix douce du premier Noël!

Une chose encore est dure pour ces victimes: la population de notre petite ville n’est pas très chaleureuse avec eux. Ce n’est pas qu’on y soit raciste ou ennemi des étrangers, non; disons plutôt qu’on y vit chacun pour soi - et Dieu pour les autres... On s’occupe de ses voisins, de celles et ceux qu’on aime, mais, plus loin: il y a tant de choses à faire! D’ailleurs, le syndic lui-même l’a dit à Gaspard: “Il faudra que j’organise une action en faveur de ces gens, par exemple un appel public pour que les citoyens partagent un peu avec eux. Il faudra. Il faudrait...” Mais le syndic est tellement occupé... Il n’a jamais rien fait.

Et maintenant, dans cette nuit de Noël, Gaspard regarde la vieille maison. Grâce à son télescope, il voit les gens comme s’il était tout près d’eux. Et il découvre vraiment leur misère. Des armoires quasi vides, presque sans provisions et sans habits, alors que l’hiver perce les murs mal entretenus. Des bébés qui pleurent, de faim, de froid. Des enfants qui se courent après parce qu’ils n’ont pas de jouets pour s’amuser autrement. Pas de livres, ni d’ordinateurs. Pas d’instrument de musique. Juste une vieille télé qui montre des images pleines de parasites, des images de guerre...
  


Un long moment, Gaspard reste les yeux fixés sur ces blessés, ces étrangers. Il en oublie ses étoiles et ses planètes. Des années durant, il n’a été attentif qu’aux problèmes scientifiques qui remplissaient sa tête. Ce soir, peut-être parce qu’il s’est rappelé de la naissance de Jésus, il sent dans son coeur des sentiments qui se réveillent, des sentiments qui le poussent à agir.

Gaspard quitte son télescope et descend à son appartement. Il met dans deux grosses valises tout ce qu’il peut comme habits chauds, une couverture, et aussi des biscuits, du chocolat, du thé. Il reste un peu de place... Gaspard hésite quelques secondes, puis il ajoute les bougies qu’il avait achetées pour décorer sa maison, demain Noël, la bonne bouteille qu’il s’était promis de boire avec le syndic, un de ces jours.

Gaspard enfile son manteau. Dehors, il fait froid. Mais il revient à son bureau, ouvre le coffre et... lentement, prend l’enveloppe qui contient les billets de banque. Le prix qu’il a reçu, il sait ce qu’il va en faire. Puis il sort dans la nuit, avec son chargement.

  


Dans la vieille maison, sur la colline, c’est une incroyable surprise pour ces soldats blessés et ces familles de réfugiés. À peine Gaspard est-il entré qu’on se rassemble autour de lui, on s’appelle, on s’agite... On se partage les habits, les cadeaux, dans une joie étonnée, et l’argent. Des paroles s’échangent. Les regards brillent. Gaspard, le solitaire, le savant perdu dans ses étoiles, découvre soudain d’autres valeurs: le plaisir de faire des heureux, qui ne s’y attendaient pas, et le bonheur d’une amitié qui commence. On l’emmène vers un lit, au fond de la pièce: une jeune femme toute pâle y est couchée, qui serre un nouveau-né dans ses bras. La couverture sera pour elle.

 

Sur le chemin du retour, Gaspard a beaucoup à penser. C’est vraiment étrange, cette lumière, dans le ciel, qui s’est arrêtée. Et toutes ces ressemblances avec l’histoire de Noël. On lui a même dit que la jeune femme et son bébé s’appellent Meryem et Emmanuel. Il entend encore son père lire dans sa Bible: “On appellera cet enfant Emmanuel, ce qui veut dire DIEU AVEC NOUS”. Et puis, Gaspard, c’est aussi le nom qu’on a donné à l’un des mages, qui étaient les premiers astronomes... Bien sûr, le Sauveur n’est venu qu’une seule fois dans le monde, mais il a dit un jour: “Tout ce que vous faites pour l’un des plus petits des humains, mes frères, c’est pour moi, Jésus, que vous le faites.”

Gaspard se promet de revenir régulièrement vers ses nouveaux amis, tellement il a eu de joie à leur contact. Et surtout, il va parler avec le syndic pour qu’il n’oublie pas d’encourager les habitants de la petite ville à monter eux aussi vers la vieille maison. Et à découvrir à leur tour le bonheur de cette rencontre.

Voilà ce que pense Gaspard, en rentrant chez lui, dans la nuit qui s’achève. Il n’a pas le sentiment d’avoir fait quelque chose d’extraordinaire; juste un geste de bonne volonté. Un geste qui lui aura surtout fait du bien à lui. Quel fabuleux Noël! C’est sûr, il ne l’oubliera jamais.

                                                   Hubert Roulet et Jean-Jacques Corbaz





 

(Pr) Gaspard, Martin, St-Nicolas, c’est toi!

24.12.16, « Gaspard, St-Nicolas, c’est toi! »  -  Matthieu 2, 1-12
 


On raconte à Toto, 7 ans, l’histoire de saint Martin, qui a partagé son manteau avec un pauvre. Le gamin s’écrie: “Mais c’était pas une bonne idée! Passqu’ils n’avaient plus qu’une manche chacun! Ça leur faisait une belle jambe!”

Bon, je précise pour Toto: le manteau de saint Martin (celui des soldats romains) était en fait une cape. Un tissu rectangulaire. Donc le partager en deux était tout à fait plausible. Saint Martin et le SDF auraient tous les deux un peu chaud, même si c’était nettement moins confortable qu’avec un manteau entier.

Saint Nicolas a montré dit-on une générosité plus grande encore. La légende raconte qu’il lançait, dans la cheminée des pauvres, des bourses pleines de pièces d’or. Jawohl, c’est probablement cela qui est à l’origine du Père Noël qui amène des cadeaux dans les cheminées. D’ailleurs, dans bien des pays, “Père Noël” se dit Santa Claus, soit Saint Nicolas.
 


Partager. Cela me prive, mais ça permet à quelqu’un d’autre de survivre. Et c’est l’occasion de dire un “merci” grand comme une cathédrale à tous les Gaspard et saint Nicolas d’aujourd’hui - j’en vois bon nombre devant moi ce soir - vous qui partagez votre argent, votre nourriture; votre temps, aussi; votre savoir; votre toit, votre espérance, votre joie; votre foi...

Et voici qu’apparaît une dimension nouvelle: il y a des choses qui, quand on les partage, ne diminuent pas! Il y en a même qui augmentent quand on les partage! Pensez à la fête! Au plaisir; à l’amitié; à l’espoir!

Je dirai même plus (comme les Dupondt): quand on partage ses habits ou son argent, il y a quelque chose qui augmente, en soi, quelque chose de l’ordre de l’amour, comme un trésor spirituel.

Voilà pourquoi sans doute tous les saint Martin aiment partager: s’ils se privent d’une partie de leur manteau, ou de leurs biens, pourtant, du même coup, ils s’enrichissent en relations humaines; en joie; en fraternité... Toutes ces valeurs non sonnantes et non trébuchantes, mais qui résonnent et qui affermissent, au fond des coeurs!

Il est regrettable, voire révoltant, que tant de générations aient parlé du partage en termes moralisants: tu dois donner, c’est la loi religieuse, c’est le devoir. Mais non! Cette conception annule le plaisir, la fierté, la solidarité. Elle n’est qu’une caricature, un partage décharné. L’entraide, la vraie, elle nous enrichit!

Quand j’étais catéchumène, notre pasteur nous avait emmenés à mi-décembre rendre visite à des personnes âgées et isolées de la paroisse. Nous leur apportions un petit cadeau, une branche de sapin que nous avions garnie; nous leur chantions un cantique de Noël. Et ces gens chez qui nous allions, ils nous ont accueillis avec une telle reconnaissance, une si grande chaleur! Je m’en souviens encore, comme d’un trésor!

  


Malheureusement, le partage est aujourd’hui moins facile, vous le savez. À cause d’une évolution générale de notre façon de vivre. Nous sommes moins reliés entre nous. Nous nous sentons de plus en plus seuls, et donc fragiles, et menacés... Notre époque prône la réussite matérielle, jusqu’à en oublier les autres valeurs... Trop souvent, nous avons peur de partager; ce qui bien sûr alimente le cercle vicieux de la solitude et de la vulnérabilité; de la méfiance aussi. Hélas.

Pour sortir notre siècle de cette ornière, il est heureux que nous rencontrions, aujourd’hui, des saint Nicolas. Je veux dire: des hommes, des femmes et des enfants qui partagent par plaisir! Et qui en vivent! Et chez qui ça se voit!

Oui, notre monde a besoin de nous comme contrepoison à l’égoïsme ambiant; à l’isolement; à l’éclatement social. Il est vital, il est urgent que se lèvent aujourd’hui des Gaspard qui s’engagent dans le partage des ressources. Pas seulement pour en parler, mais pour le vivre. Devenir nous-mêmes ferments de communion, signes d’espérance!
“Partage ton pain: il diminue. Partage ta joie: elle augmente.”  Oui, Gaspard, Martin, Nicolas, c’est toi!

                                                                                Jean-Jacques Corbaz  



(Hu) Mages etc





On connaît les mages bibliques, qui apportent à Jésus de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais il y en a des quantités d’autres, moins renommés, qui sont apparus discrètement dans les multiples contes de Noël.

Par exemple, il y a:
- celui qui apporte du fer: le fer-mage
- celui qui apporte de l’aluminium: l’alu-mage
- celui qui apporte de l’eau: l’eau-mage (souvent qualifié de respectueux, vu la rareté de l’eau en Israël)
- celui qui apporte un +: le plus-mage
- celui qui apporte un rat: le rat-mage
- celui qui apporte un dos: le dos-mage
- celui qui apporte la piété d’Allemagne: le fromm-mage
- celui qui a les cheveux blancs: le troisier-mage
- celui qui envoie une photo par courrier électronique: l’e-mage
-

- le mage affligé du hoquet: le mage-hic
- celui qui est presque amoureux de sa fille: le mage-estueux !
- celui qui, d’un bond, franchit les océans: le mage-élan.

Quel est le vôtre ?


JJC 

 

samedi 24 décembre 2016

(Im) Joyeux Noël!

Joyeux Noël! Que la fête du Prince de la paix vous donne réellement d'avancer sur des chemins de paix, en vous et autour de vous! Puisse ce Noël stimuler, en chacun(e), la germination d'une vie remplie de trésors relationnels, donc spirituels.

Rosace de la Nativité, cathédrale san Lorenzo, Genova. Photo: JJ Corbaz


dimanche 18 décembre 2016

(Pr) Bethléem! Nom magique!


Cultes du 18 décembre 2016, Blonay et St-Légier






Dans la fameuse pièce de théâtre d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac disait de son célèbre pif: “O nez, qui dans tout lieu d’un quart d’heure me précède”...



Eh bien, je me dis souvent qu’il en est de même pour la paix. Partout où nous allons, elle n’est jamais là... Elle est toujours quelque part devant nous. Inaccessible!



Nous ne le savons que trop: l’histoire humaine fourmille de violences, depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui. Et, hélas, jusqu’à demain... voire au-delà! Attaquer... Se défendre... Ça n’arrêtera donc jamais? Mais que fait Dieu, nous dit-on?



En ce quatrième dimanche de l’Avent, la Bible nous plonge dans une atmosphère de ce genre. Pas pour nous effrayer! Ni pour nous exciter comme souvent à la TV. Non, la Bible veut esquisser devant nous un chemin différent. Une invitation à sortir des sentiers battus, pour essayer de comprendre Dieu un peu mieux, comment il tente de nous guérir de nos violences.





L’histoire se déroule vers 700 avant J-C. Israël est alors partagé en deux: le royaume du Nord, dont le chef-lieu est Samarie; et celui du Sud, autour de Jérusalem.



Une grande puissance de l’Est essaie d’envahir la région. Il s’agit de l’Assyrie (avec un A; toute confusion avec la Syrie, tristement célèbre depuis quelques années, est à éviter soigneusement!



Les Assyriens n’ont aucune peine à s’emparer du royaume du Nord. En 722, les élites de Samarie sont déportées à Assour, et on fait venir des colons assyriens qui s’approprient les territoires occupés (entre parenthèses, ça ne vous rappelle pas une histoire actuelle?)... ;-)



Depuis cette année-là, 722 avant J-C, la Samarie ne sera plus jamais juive. Ni au retour de Babylone, en 538, ni au temps de Jésus, où Samaritains et Juifs se regardaient en ennemis.



En 701, l’Assyrie continue sa marche et envahit le royaume du Sud, Juda. La résistance n’est pas plus efficace que dans le Nord. Rapidement, Jérusalem est assiégée. Pourtant, la ville sainte va être sauvée par un coup de chance inespéré: une épidémie frappe les troupes assyriennes, une épidémie si forte que le roi Sennachérib doit lever le siège et rentrer dans son pays.



Ouf! se dit-on à Jérusalem. Délivrés! Mais Juda sait maintenant qu’il n’est pas de taille à lutter contre ses grands voisins. À la prochaine occasion, ce sera la défaite. Et, effectivement, en 589, les troupes de Babylone n’auront aucune peine à conquérir le petit royaume.





Le prophète Michée vit donc en un temps où Israël fait une expérience douloureuse, celle de sa fragilité. Juda se sent à ce moment très petit, à la merci des puissants qui l’entourent. Et c’est cela qui va être important, pour comprendre le message de Michée.



Les Juifs racontaient que, pendant des siècles, c’étaient eux qui faisaient trembler la région: depuis les conquêtes de Josué jusqu’à celles de David et Salomon, un territoire important avait été annexé. Mais tout à coup, un pays plus fort apparaît, et Israël doit considérer la situation avec un regard totalement différent. Il s’était cru, pendant près de 500 ans, puissant; presque invincible. Et surtout, il s’était considéré, durant toute cette période, comme le peuple élu, protégé par Dieu. Béni. Et voilà que, vers 700, les Juifs doivent exprimer leur relation avec le Seigneur de manière nouvelle.



La religion n’est pas un acquis immuable. La relation avec Dieu peut évoluer, selon les circonstances. Et c’est, bien sûr, le mérite des prophètes, en tout temps, de discerner ces changements et de les faire comprendre.



Je vous relis quelques lignes de Michée. Dieu dit: “Et toi, Bethléem Ephrata, tu es un petit village de Juda. Pourtant, c’est de toi que sortira celui qui gouvernera Israël. Il viendra d’une très ancienne famille...

Sachez-le: le Seigneur va abandonner son peuple pendant quelque temps. Ensuite, le jour viendra où la jeune femme qui doit accoucher aura un fils. Alors, ceux qui seront encore en vie viendront rejoindre le reste d’Israël.   Et lui, le chef annoncé, il se lèvera et sera leur berger par la puissance du Seigneur. Les gens de son peuple vivront en sécurité, car sa majesté s’étendra jusqu’au bout du monde. C’est lui qui sera la paix!”



Michée, en prophète inspiré, utilise les événements politiques pour parler de Dieu. Pour aider Israël à mieux comprendre quelle relation Dieu veut instaurer avec les siens.



En termes voilés, et de manière poétique, Michée dénonce la faillite de tout le système traditionnel. Il pointe du doigt la fausse assurance de ses contemporains, leurs fausses images à propos de Dieu: non, il n’aide pas son peuple militairement! Non, le roi n’est pas infaillible! Non, la cour ne respecte plus la volonté du Seigneur! Le pouvoir a montré ses limites, Jérusalem est corrompue; on y intrigue, on s’y pousse, mais Dieu n’y est plus respecté.



C’est pourquoi, dit Michée, le salut ne viendra pas de Jérusalem, la grande, la puissante ville où trône la cour. Mais d’une petite bourgade de rien, en pleine campagne: Bethléem...



Bethléem! Un nom magique! Pour les Juifs de ce temps-là, c’était une allusion très claire: c’est le village d’origine du roi David. Comme si, aujourd’hui, je vous disais que le salut de la Suisse ne viendrait pas de Berne et du Palais Fédéral; ni de Zurich et de ses banques; mais qu’il viendrait, le salut, de la bourgade d’Avenches... Avenches, la commune d’origine du général Guisan. Symbole!





Michée prêche donc pour un retour aux sources: à Bethléem. Mais, plus encore, il annonce la venue, pour sauver Israël, non pas d’un roi, mais d’un enfant. Et d’un enfant qui gouvernera, dit Michée, et pas qui règnera. Intentionnellement, le prophète change de verbe pour bien marquer ceci: ce sauveur ne va pas prendre le pouvoir comme un souverain, comme ces rois qui ont fait faillite! Non, il va prendre soin de son peuple, comme un berger. Il va gouverner, comme les paysans d’ici quand ils s’occupent de leur bétail.



L’histoire humaine fourmille de conflits, de guerres et d’intrigues. Mais Dieu, dit Michée, Dieu n’agit pas ainsi. Il vient, dans la peau d’un enfant, amener la paix? Oh non, même pas! Car pour amener la paix, il faudrait l’imposer - et ce n’est pas le style de Dieu! Non, Michée nous dit en hébreu que ce sauveur, il sera la paix (et je regrette, entre parenthèses, que plusieurs traductions françaises confondent les deux verbes et donnent “il amènera la paix”.



Il sera la paix. Cela veut dire, donc, que nous pourrons nous-mêmes vivre en paix, lorsque nous le laisserons nous conduire, nous gouverner, nous faire du bien, comme un berger qui sait où son troupeau sera le mieux. Oui, quand nous le laisserons. Si nous le laissons!





Depuis 2000 ans, les chrétiens reconnaissent que cette prophétie de Michée s’est accomplie dans la venue de Jésus, notre bon berger, notre paix. Et depuis 2000 ans, les chrétiens sont partagés entre deux pulsions contradictoires: d’une part, leurs instincts humains, qui les poussent à se battre, à intriguer ou à conquérir... Et, d’autre part, leur volonté de suivre la voie de ce bébé de Bethléem; ce bébé qui, justement à Jérusalem, a été cloué sur la croix pour prendre sur lui toutes nos violences, nos pulsions meurtrières, nos envies de dominer. Pour les crucifier avec lui et les faire ressusciter, au matin de Pâques, à une vie nouvelle! Différente!



Cette transformation-là, elle ne peut avoir lieu que si nous nous tournons vers le petit village de Bethléem, et non vers la glorieuse cité de Jérusalem. Je veux dire: Dieu ne peut travailler en nous que si nous devenons des petits, des fragiles, des démunis. Que si nous parvenons, comme Michée le voudrait pour Israël, à changer de regard sur nous-mêmes: ne plus nous fier en notre force, ou nos illusions de sécurité; mais nous reconnaître faibles, humbles, blessés.



C’est aux Bethléem, c’est-à-dire aux laissés pour compte des puissants, aux mendiants, que Dieu vient donner la vraie force, la véritable sécurité. Demandez, et vous recevrez. Frappez, et on vous ouvrira!



Celui dont nous célébrons l’Avent (ça veut dire: la venue); celui dont nous attendons l’Avent (ça signifie: le retour!), Jésus ne peut nous faire entrer dans la lumière de Pâques, nous et nos aspirations, que si nous acceptons de devenir les enfants nus de la crèche; et les blessés de la croix. Notre paix intérieure et extérieure est à ce prix !



C’est ce chemin que Noël trace devant nous, pour nous. Saurons-nous le suivre? Amen




Jean-Jacques Corbaz    




vendredi 16 décembre 2016

(Vu) Pourquoi fête-t-on Noël avec des sapins?

Le sapin est relativement récent dans les festivités de Noël. Bien sûr qu'en Israël, il n'y en avait pas.

Il est apparu au Moyen Âge ou à la Renaissance, suivant les endroits, voire plus tard encore dans certains pays. Mais depuis longtemps, il symbolisait la vie qui continue malgré l'hiver, puisqu'il reste vert sous les plus grands froids.

Lorsque la fête de la naissance de Jésus a été fixée au 25 décembre, c'était pour combattre des fêtes païennes: "Sol invictus" des Romains, fêtes païennes du solstice... Ces fêtes étaient si fortement ancrées dans la population que les chrétiens n'ont pas réussi à les éradiquer. Ils les ont donc "christianisées" en y célébrant la naissance de Jésus.
Mais les éléments symboliques forts sont restés: bougies pour exprimer la lumière, sapin pour dire la vie malgré tout, gui, houx... bûche de Noël au Tessin... pommes ou fruits de couleur vive pour décorer les maisons, qu'on a plus tard associés aux branches de sapin, puis à l'arbre entier.

Les missionnaires chrétiens (dès le VIIIè siècle ap. JC) ont également favorisé l'association du sapin à la foi au Christ pour combattre l'adoration du chêne dans les pays du nord; car le chêne était dédié à Odin. Et puis le sapin, élément souple et plus frêle, symbolisait mieux Jésus que la force massive du chêne. Mais là, le sapin n'avait aucun lien avec la naissance de Jésus.

Les premiers sapins de Noël datent de 1510, peut-être un peu avant, dans certaines régions germaniques.
Le premier sapin de Noël en Suisse Romande date de 1831, à Lausanne.
Il y a quantité d'autres symboles, parfois très anciens, qui se recoupent autour du sapin, bien sûr. Rien n'est monolithique!

                                                              JJ Corbaz

Je vous copie-colle ci-dessous un article de Wikipédia:

S'il est clair que la coutume du sapin de Noël moderne remonte à la Renaissance dans les pays germaniques (attestation au XVe siècle dans les cérémonies de fin d'année des guildes germaniques et livoniennes, Riga prétend officiellement qu'a été érigé et décoré le premier arbre de Noël dans sa cité en 15106), il existe un certain nombre de théories qui spéculent quant à son origine plus lointaine7.
L'image de l'arbre comme symbole de renouveau de la vie est un thème traditionnel païen qui se retrouve dans le monde antique et médiéval (voir notamment le culte idolâtrique et les nombreuses mythologies liées à l'Arbre du Monde) avant que ce symbole soit assimilé par le christianisme. Le sapin et l'épicéa, conifères à feuilles persistantes, rappellent depuis longtemps ce symbolisme de la renaissance lors du solstice d'hiver, comme en attestent les gravures rupestres dans les régions scandinaves8.
Selon l'Encyclopædia Britannica, l'utilisation d'arbres à feuilles persistantes, de couronnes et de guirlandes pour symboliser la vie éternelle est une coutume antique chez les Égyptiens, Chinois et Hébreux. Les Romains lors des Saturnales décorent leurs maisons de branches de laurier, de buis ou d'olivier et laissent allumées des lampes pour éloigner les démons9. Le culte des arbres est courant dans l'Europe païenne et survit à sa conversion au christianisme dans les coutumes scandinaves où persiste la tradition lors des fêtes d'hiver de Yule de décorer la maison et la grange avec des conifères auxquels on attache des torches et des rubans de couleur ou de suspendre des branches de sapin dans la maison pour chasser les mauvais esprits10.

Boniface abattant le chêne de Thor.
D'autres théories lui attribuent une origine chrétienne en Gaule. La coutume du sapin décoré remonterait au missionnaire saint Colomban qui fonde en 590 le monastère de Luxeuil au pied des Vosges. Un soir de Noël, il emmène avec lui quelques-uns de ses religieux jusqu’au sommet de la montagne où préside un antique sapin, objet de culte païen. Les moines accrochent à l’arbre leurs lanternes et leurs torches et dessinent une croix lumineuse au sommet. Cet acte syncrétique permet à saint Colomban de raconter les merveilles de la naissance de Jésus aux paysans accourus voir ce spectacle et d'en convertir plusieurs, lançant la coutume d’installer chaque année des sapins illuminés11. Cependant aucune tradition écrite ne relate cette histoire à cette époque où l’arbre symbolique par excellence dans les forêts druidiques est le chêne, l'épicéa étant également chez les Celtes l’arbre de l’enfantement : associé au 24 décembre, il est décoré lors des rites du solstice d'hiver de fruits, de fleurs et de blé12. Une autre légende du VIIIe siècle est l'histoire du chêne de Thor de Boniface de Mayence qui illustre bien la confrontation entre le chêne païen et le sapin chrétien. La forme conique du sapin permet à l'« apôtre de l'Allemagne » d'enseigner la notion de Trinité6 .
Arbre de Noël dans un dispensaire lors de la Guerre franco-allemande de 1870.
Cette influence chrétienne se retrouve au Moyen Âge dans les mystères qui ont notamment pour décor un arbre de Noël (symbolisant l'arbre du paradis qui fait pour les chrétiens référence à la croix du Christ qui, par son incarnation, sauve l'humanité13) garni de pommes rouges (elles représentent le fruit défendu; devant la difficulté à trouver un pommier en hiver on aurait alors opté pour le sapin13). L'arbre pouvait également être garni d'oublies (ils représentent les hosties de l'Eucharistie) et au sommet l'Étoile de Bethléem à partir du XIVe siècle. Dès le XVe siècle, cet arbre du paradis est dressé dans les sièges des corporations et les hôpitaux en Allemagne14 puis est installé dans les foyers des familles bourgeoises protestantes (les familles catholiques se différenciant quant à elles avec leur crèche de Noël), les pommes étant remplacées par des objets ronds comme des boules rouges brillantes15.
Cette tradition protestante scandinave et germanique se répand dans les villes comme dans les campagnes (les bougies en cire décorant alors les sapins étant encore onéreuses), au XVIIe siècle avec le décor des hosties et de la pomme de Noël remplacé par des papillotes en forme de roses et autres fleurs en papier multicolore, mais surtout au XVIIIe siècle avec la multiplication des décorations16. Elle est néanmoins mentionnée pour la première fois sur l'actuel territoire français en Alsace (mais à l'époque partie du saint Empire romain germanique) à Strasbourg en 1492, l’Œuvre Notre-Dame achète neuf sapins pour les neuf paroisses de la ville pour "accueillir la nouvelle année". Le sapin est alors davantage lié au nouvel an qu'à Noël mais les arbres étaient probablement déjà en place dans les églises lors des fêtes de Noël. Ces neuf sapins coûtent à l’œuvre deux Florins17. Une seconde mention à Sélestat, le 21 décembre 1521, dans un livre de compte de la ville18 fait mention d'une rémunération versée aux gardes forestiers pour la surveillance de la coupe des sapins, un édit municipal protégeant la forêt d'un abattage excessif en autorisant uniquement la coupe de petits arbres19 a décoration des maisons se fait alors non pas avec le sapin entier mais avec des branches coupées 3 jours avant Noël11. En France, cette tradition se limite alors dans l'Alsace protestante qui utilise le sapin entier en décor à partir du XVIIe siècle. Les Alsaciens apportent la tradition du sapin de Noël dans l'hexagone en s’expatriant après la guerre de 187020.
L'arbre de Noël devient une tradition profondément enracinée en Allemagne qu'à partir du XIXe siècle (aussi bien dans les familles protestantes que catholiques), des colons allemands l'ayant exporté en Amérique du Nord au début du XVIIe siècle10. Il est à la même période progressivement adopté par la noblesse européenne : la princesse Henriette de Nassau-Weilburg (en) introduit l'arbre de Noël à la Cour de Vienne en 1816, la duchesse d'Orléans, d'origine allemande, à la Cour de France en 183721.

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Sapin_de_No%C3%ABl)