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mardi 11 juillet 2017

(FA, SB, Vu) Les doctrines ne doivent pas prendre la place de Jésus lui-même


Parlons de Jésus

La première chose à dire est que Jésus nous a enseigné l'amour et la compassion que Dieu montre toujours à l'égard de tout le monde, sans tenir compte des différences de race, de religion, du sexe ou de l'âge. Un amour et une compassion que Dieu conserve même à l'égard des coupables les pires qui soient sous le soleil.

Non pas qu'il soit indifférent au bien et au mal : Jésus s'est toujours montré parfaitement lucide. Mais lorsqu'il s'est trouvé en présence d'un escroc inexcusable, il ne lui a pourtant pas tourné le dos. Il n'a, d'ailleurs, tourné le dos à personne. Contrairement à son époque, il considérait les femmes comme égales des hommes. Il partageait les repas des exclus. Il montrait de l'estime au petit peuple et de l'attention aux enfants.

En se conduisant ainsi, Jésus nous révélait l'attitude de Dieu à l'égard des hommes, qui est aussi, naturellement celle Dieu attend de nous. C'est en regardant la manière dont Jésus se conduisait dans son humanité que nous voyons en lui la présence de Dieu. Jésus n'a jamais dit qu'il était Dieu, mais quand on le rencontrait, on avait l'impression de rencontrer Dieu. Il était la vitrine de Dieu.

Paul, qui a écrit les textes les plus anciens du Nouveau Testament, a dit : « Dieu était en Christ » (2 Corinthiens 5, 19). On a réduit plus tard cette phrase en disant : « il était Dieu ». Mais cela n'enlevait rien à son humanité.

L'exécution publique de Jésus

Jésus est resté fidèle à ses convictions jusqu'à sa mort sur la croix qu'il a subie en compagnie d'autres hommes condamnés par les Romains comme criminels. Ces exécutions publiques étaient malheureusement courantes à l'époque et avaient pour but de terroriser les opposants au régime.

Dans le cas de Jésus, ce furent des raisons à la fois politiques et religieuses qui motivèrent son exécution et mirent un terme à l'espoir de le voir instaurer un règne de justice et de paix. Mais on ne peut en rendre responsable le peuple juifs dans son ensemble.

La croix, symbole d'amour

Jésus a prié pour les bourreaux qui le crucifiaient et sa croix est devenue le symbole de l'Amour total. Elle a bouleversé toutes les valeurs humaines. Les soldats l'avaient traité de roi pour se moquer. Un écriteau sur la croix l'accusait faussement de s'être prétendu « roi des Juifs ». Mais on compris plus tard que c'était pourtant ainsi qu'il avait montré ce que pouvait être une véritable royauté, une royauté comme celle de Dieu, fondée sur l'amour et non sur la puissance. La croix est symbole du christianisme pour montrer que le règne et la puissance appartiennent à un crucifié impuissant.

La croix, symbole du mal

La croix est aussi devenue le symbole central du mal puisqu'on y a crucifié celui qui incarnait l'amour. Les hommes trouvent toujours de bonnes raisons pour écraser l'amour et la justice. Caïphe et Pilate voulaient préserver l'ordre dans l'Empire. C'est d'ailleurs souvent au nom du respect de l'ordre que l'on viole les droits de l'homme.

Les hommes qui se sont entendus pour clouer sur la croix la plus belle histoire d'amour que le monde ait jamais connue, n'ont pas seulement commis un crime contre la personne de Jésus, mais contre l'humanité tout entière, un crime contre Dieu lui-même. C'est ainsi que la croix qui est le symbole de l'Amour le plus absolu, est aussi celui du mal le plus destructeur.

A la fois symbole de l'amour et du mal, la croix est le symbole centrale de la foi chrétienne que d'ailleurs Paul résumait ainsi : « Nous prêchons le Christ crucifié » (1 Corinthiens 1, 23).

Il n'est pas étonnant, qu'au premier siècle où la religion s'exprimait normalement dans des temples et des sacrifices d'animaux, on ait cherché à rendre compte de la mort de Jésus en termes de sacrifice de purification et de régénération, de purification par le sang de la croix. Ce langage est évidemment aujourd'hui difficilement compréhensible et on pourrait trouver des images plus actuelles pour rendre compte du ministère de Jésus et de sa mort.

La résurrection

Les textes les plus anciens du Nouveau Testament mentionnent l'extraordinaire témoignage de Pierre affirmant avoir entrevu que Jésus était vivant ; il n'était pas resté dans le sommeil de la mort mais était passé à un niveau d'existence supérieur. Nous ne possédons aucune description de l'époque décrivant ce que Pierre a vu, mais d'autres témoins, des hommes et des femmes ont dit avoir eu de semblables expériences. La conviction que Dieu avait ressuscité Jésus devint dès lors l'affirmation centrale de la nouvelle foi chrétienne. Les disciples bouleversés et démoralisés par la croix se retrouvèrent missionnaires enthousiastes.

L'événement fut d'abord formulé : « Dieu a ressuscité Jésus des morts » ; « Jésus est monté au ciel et s'est assis à la droite de Dieu » ; « Jésus règne ».

Mais il peut aussi être exprimé : « Jésus vit avec Dieu » ; « Dieu considère Jésus comme son représentant » ; « Jésus incarne la volonté et l'être même de Dieu » ; « Dieu a dit "oui" à Jésus ».

Cela signifie en fait que tout ce que Jésus a dit et fait au nom Dieu est vrai ; c'est par lui que brille la lumière.

La bonne nouvelle de Jésus

Les titres de « Fils de Dieu » et de « Seigneur » ont été alors largement employés. Ils ont des avantages et des inconvénients : « Fils de Dieu » suggère bien la proximité de Dieu dont Jésus témoignait, à la conviction que Jésus fait partie de la famille de Dieu et à son affirmation que Dieu est, pour tous, un Père aimant. Si un homme est fils de Dieu, Jésus l'est davantage encore.

Par contre ce langage peut provoquer de la confusion en induisant l'idée que Dieu fait partie intégrante de l'arbre généalogique de Jésus. Il ne faut pas prendre littéralement les belles légendes de la naissance miraculeuse de Jésus qui entendent seulement signifier que Dieu était, depuis le début, impliqué positivement dans le ministère de Jésus.

La Trinité

Le dogme de la Trinité est l'un des éléments importants mis en place par l'Église pour structurer sa foi. « Les trois "personnes" que sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit n'en forment qu'une ».

- D'une part il n'y a qu'un Dieu.
- D'autre part on ne peut pas dire tout simplement que Jésus est Dieu, car ce serait ignorer sa nature d'être humain.
- Enfin, il arrive que l'on parle séparément du Saint-Esprit, en disant par exemple que « Dieu a envoyé l'Esprit ».

Dans les trois cas c'est bien de Dieu qu'il s'agit.

L'Esprit désigne traditionnellement la puissance créatrice de Dieu qui crée du neuf et ouvre à de nouveaux espoirs.

La question de Jésus est plus compliquée : est-il en même temps homme et Dieu ? Avait-il une double personnalité ?

Peut-être ne pourrons-nous jamais répondre précisément à ces questions. Elles n'ont, d'ailleurs, guère de signification. Il vaut mieux y renoncer et nous borner à comprendre que Jésus est un exemple de relation parfaite à Dieu, qu'il lui a manifesté une ouverture absolue qui apparaît clairement en particulier lorsqu'il le priait. C'est justement à cause de sa disponibilité à la présence divine que celle-ci brûlait de façon si brillante à travers lui.

Néanmoins les gens ne font souvent plus, aujourd'hui, de différence entre Dieu et Jésus. Certains prient plutôt le Père, d'autres Jésus. Mais c'est bien toujours Dieu qui écoute ces prières. C'est pourquoi bien des gens disent tout simplement : Jésus est Dieu. Se tourner vers Jésus est se tourner vers Dieu.

- La vie terrestre de Jésus montre son humanité.
- La vie actuelle de Jésus souligne sa divinité.

La confession de foi de l'Église s'est toujours efforcée de maintenir ces deux aspects.

Conclusion

La seule image que nous puissions avoir de Jésus est celle qui nous a été transmise par l'Église, mêlée de toutes les doctrines élaborées au cours des siècles. Et pourtant, nous en sommes témoins, cette image transforme avec puissance nos vies et nos pensées. Les doctrines ne doivent pas prendre la place de Jésus lui-même. Mais bien que son souvenir soit largement recouvert par de multiples interprétations théologiques, dont certaines sont souvent bien mal interprétées, c'est toujours par leur intermédiaire que nous rencontrons le Christ vivant.

Bill Loader,
professeur de Nouveau Testament à la Murdoch University de Perth (Australie)


Traduction Gilles Castelnau


mardi 4 juillet 2017

(Pr) Derrière la croix, un trésor. Prédication du 2 juillet 17

Lecture: Marc 9, 2-10


Dans un EMS, deux femmes âgées, toutes ridées, discutent.
- Tu te souviens, dit l’une, quand on était jeunes; comme nous avons prié pour ressembler à Brigitte Bardot?
- Oh oui, fait l’autre. J’en ai pleuré. Ça ne marchait pas...
- Mais, fait la première: maintenant, on est exaucées!
 


Voilà. Avec Dieu, il faut être patient. Pour lui, mille ans sont comme un jour. Quand c’est pas le moment, c’est pas le moment! Et les vérités d’aujourd’hui ne sont pas toujours celles de demain!

C’est ce que nous dit aussi le récit de la Transfiguration. Quelle étrange histoire! Pourquoi Jésus se montre-t-il tout à coup sous cette apparence d’une blancheur éclatante, avec Moïse et Elie à côté de lui? Et pourquoi demande-t-il à ses disciples de garder le silence sur ce moment?

Pour trouver réponse à ces questions, il faut savoir que tout l’évangile de Marc, qui rapporte notre récit, est construit sur le schéma d’une intronisation royale égyptienne. Au pays du Nil,  le nouveau souverain était proclamé en trois phases:

1° Les dieux annoncent à l'heureux élu qu'il a été choisi par volonté divine.

2° Les dieux proclament à la cour l'identité du nouveau roi.

3° Le peuple accepte et reconnaît solennellement son souverain, qui du coup devient comme dieu, lui aussi.

L’évangile de Marc place la première phase au moment du baptême de Jésus (lorsque la voix du ciel annonce "Tu es mon fils bien-aimé...": Marc 1, 11).

- la deuxième phase a lieu lors de notre récit de la "Transfiguration" (la voix du ciel proclame aux disciples "Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le": Marc 9, 7).

- et la troisième, à l'instant de la mort de Jésus (l'officier romain, pourtant païen, reconnaît "Celui-ci était vraiment le fils de Dieu": Marc 15, 39).

Ce schéma montre une chose capitale, pour Marc: on ne peut connaître vraiment le caractère divin de Jésus que face à la croix. Tous, disciples et païens, sont sur le même pied: ils ne peuvent savoir vraiment "qui est cet homme" qu'au vu de la manière dont il a accepté de mourir. Jésus n'est roi que sur la croix, ce qu'accentue encore la couronne d'épines!
  

Avant sa mort à Golgotha, tout le monde se méprend au sujet du Christ. Et Marc multiplie les récits de controverses avec les Juifs, scribes ou pharisiens, qui se fourrent le doigt dans l'oeil à son propos. Sa famille (3, 20-21) croit qu'il est devenu fou (ici pas de Marie qui reçoive une annonciation et croie d'emblée, comme chez Luc). Même ses plus proches compagnons se posent beaucoup de questions à son sujet (par ex. 4, 40-41).

Le comble, c'est quand Jésus annonce sa mort et sa résurrection   (et il le fait trois fois): juste après, les disciples manifestent par leur réaction qu'ils n'ont rien compris; que le sens profond de Vendredi saint et Pâques leur échappe:

- la première fois, Pierre fait des reproches à Jésus à propos de ce qu'il a dit (8, 31-33);

- la deuxième, les disciples se disputent pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand (9, 30-34);

- et la troisième fois, Jacques et Jean lui demandent de pouvoir siéger avec lui dans sa gloire. Alors qu'il vient d'annoncer sa mort et ses souffrances à venir (10, 33-37)!

Ce n'est pas que les disciples soient spécialement obtus, pour Marc. Mais ils révèlent, par leur attitude, l'impossibilité pour tout être humain de comprendre véritablement qui est Jésus, fils de Dieu, tant qu'on ne l'a pas contemplé mourant sur la croix. Tant qu'on n'a pas vu de quel bois sa royauté était réellement constituée.

Et c’est exactement ça la raison du secret demandé par Jésus aux disciples. Après les miracles, comme après les annonces de ses souffrances, Jésus doit mettre le “black out” parce que c’est trop tôt. Personne ne peut comprendre encore. Ce n’est qu’après sa mort que les choses deviendront claires.

Par conséquent, nous suggère l’évangile de Marc, tout converge vers Vendredi saint et Pâques. Les événements de ces trois jours sont la clé pour connaître l'essentiel du Christ. Sans eux, on risque fort de se méprendre à son sujet; de le confondre avec un chef politique; ou un magicien tout-puissant; ou un savant qui aurait réponse à tout. Seule la croix nous montre le caractère résolument non-violent de Jésus. Son abaissement consenti. Et donc son respect absolu de notre liberté.

Disons-nous bien que nous ne sommes pas plus clairvoyants que les "douze", nous lecteurs du 1er ou du 21ème siècle. Nous risquons toujours de confondre le Christ avec une de nos "idoles", une des projections de nos désirs.

Le Dieu de l'évangile nous aime trop pour restreindre notre liberté. Il n'est pas tout-puissant, il est d'abord solidaire de nos souffrances, de nos doutes, de nos échecs. Il se tient du côté des victimes et des rejetés.

  

La Transfiguration joue donc un rôle central dans l’évangile: elle annonce Pâques. Il s’agit de préparer les disciples à affronter l’arrestation de Jésus, ses souffrances et sa mort. Dieu soulève en quelque sorte le voile pour montrer ce qu’il y a derrière les épreuves à venir: au-delà de ces jours de tempête, il y a la pleine lumière de ce qu’on appelle ailleurs le Paradis. La condition divine du Christ est une porte ouverte sur un avenir de salut, de guérison; de bonheur, de fête sans limite.

Cet avenir promis, c’est l’accomplissement de tout ce qu’annonce l’Ancien Testament. Moïse et Elie symbolisent ici, le premier la “Loi”, et le second les “prophètes”, soit les deux catégories de paroles qui sont au centre des Ecritures juives. Ils assurent au croyant que ce Jésus resplendissant de présence divine, c’est bien le Sauveur envoyé par Dieu.

Et c’est pour cela que Pierre veut dresser des tentes: il aimerait tant pouvoir rester dans cette atmosphère de bonheur parfait, cadeau du Père. Il aurait tant de plaisir à jouir longtemps des félicités célestes, plutôt que de redescendre affronter les souffrances et la peur, celles de Jésus, et plus tard les siennes...

Mais non: quand c’est pas le moment, c’est pas le moment, comme pour Brigitte Bardot! La Transfiguration n’est pas un but à atteindre, ni une récompense finale. Elle est là comme une annonce des réalités qui nous attendent, après la croix. Dieu en somme entrouvre la porte pour donner du courage à ses amis: voyez, derrière les épreuves et la mort, vous attend un trésor!

La Transfiguration est une promesse. Elle est comme un remontant, comme des vitamines qui permettront aux chrétiens de traverser les épreuves avec courage, en restant debout. Elle s’adresse aux compagnons de Jésus, mais aussi aux croyantes et croyants de tous les temps après lui: sachez-le bien, au-delà des injustices, des persécutions, des catastrophes, aujourd’hui encore, derrière la croix et la mort, vous attend un trésor.
  

Il est là, notre bonheur, à nous chrétiens. Et j’ai apprécié que, comme par hasard, le “Réformés” de juillet-août, que vous venez de recevoir, consacre plusieurs pages à ce thème du bonheur. Lisez-les! Et surtout, (ré)apprenez toujours mieux à être heureux, grâce à Dieu!
 

Deuxième coïncidence: lorsque je lui ai demandé de jouer pour notre culte sur son accordéon, Jacques-Louis Rochat m’a spontanément proposé la belle chanson de Gilles “Le bonheur”. Et que nous la chantions avec lui. J’ai accepté avec joie! Et c’est ainsi que, cette prédication, nous allons la conclure tous ensemble en chantant: “Le bonheur”. Merci!                                    
  
Gilles


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 18 juin 2017

(Hu) À Blonay aussi (chanson pour mes adieux)

(Pour vous dire ma reconnaissance pour ces 11 mois de bonheur, j’ai préparé une petite chanson, avec l’aide du grand Fernandel et de sa fameuse amie Félicie… aussi!
Vous y rencontrerez quelques allusions à des personnes réelles de la paroisse, mais elles représentent toutes les autres – il m’aurait fallu une chanson de 2h pour toutes les mettre!)


À Blonay aussi

– Envoyé par mon Eglise,
J’ai découvert Blonay-Saint-Légier,
Pour moi, quelle belle surprise,
J’y ai trouvé tout ce dont je rêvais!
Les Lausannois, très étonnés,
Ont essayé de m’objecter:

– Dans les paroisses de ville,
La vie paraît plus facile, – à Blonay, aussi!
On y trouve des boutiques,
D’excellents transports publics, – à Blonay, aussi!
Un’ secrétaire de paroisse
Souriante et efficace, – à Blonay, aussi!
Des médecins, des dentistes, des bars et des garagistes,
Mêm’ de tout grands organistes, – à Blonay, aussi!
  


– Moi qui viens d’un hameau tranquille,
Je rêve de calme et de paix,
La cure de Goumoens-la-ville
Et ses villageois me comblaient.
Des amis, près de Palézieux
Voulaient m’embaucher par chez eux:

– Si tu choisis la campagne,
T’auras vue sur les montagnes, – à Blonay, aussi!
Beaucoup de gens se connaissent,
Tu verras leur gentillesse, – à Blonay, aussi!
Tu trouveras au village un château du Moyen Âge,
Des gens très âgés et sages, – à Blonay, aussi!
Qui te diront leur histoire,
Tu aimeras leur mémoire, – à Blonay, aussi!



– Moi qui aime les paysages
Des montagnes de par chez nous,
Me balader dans les alpages
Et voir fleurir… les cailloux,
Je reçois l’appel d’un cousin
Qui cherche un pasteur pour Leysin:

– Si tu viens dans nos préalpes,
Tu s’ras reçu comme un pape, – à Blonay, aussi!
T’auras des églises pleines,
Enfin: pas chaque semaine, – à Blonay, aussi!
Les gens se sourient toujours,
Dans la rue, on dit «Bonjour! », – à Blonay, aussi!
Ils ont le cœur sur la main,
Les Bonjour et les Mamin, – à Blonay, aussi!

Chez nous, les filles sont belles,
Et les amitiés fidèles, – à Blonay, aussi!
Un député amical
Te jouera du cor des alp’ – à Blonay, aussi!
Une coiffeuse engagée
T’offrira des p’tits cafés, – à Blonay, aussi!
Et le sourir’ d’Antoinette te mettra le cœur en fête
Bien au-d’là de ta retraite, – à Blonay, aussi!



– Cela fait bientôt une année
Que je suis past’heureux à Blonay,
Hélas, ma pige est terminée,
Ce temps, je le regretterai,
Votre accueil était chaleureux,
J’en ai du soleil plein les yeux!

J’ai connu des joies immenses,
Une vie pleine et intense, – à Blonay, aussi!
Avec mon coeur, mes limites
J’ai chanté Dieu… sans mérite – à Blonay, aussi!
Au pays de mon enfance
En retournant je repense, – à Blonay, aussi!
Quand nous revivrons ensemble,
Au paradis, ça ressemble, – à Blonay, aussi!

J’ai connu des joies immenses,
Une vie pleine et intense, – à Blonay, aussi!
Avec mon coeur, mes limites
J’ai chanté Dieu… sans mérite – à Blonay, aussi!
Au pays de mon enfance
En retournant je repense, – à Blonay, aussi!
Quand nous revivrons ensemble, tellement beaux que j’en tremble,
Au paradis, ça ressemble, – à Blonay, aussi!!




Jean-Jacques Corbaz  


 

(Pr) “Frères et soeurs” - Caïn et Abel - (presque) comme nous

Prédication du 18 juin 2017

Lectures bibliques: Genèse 4, 1-15; Ephésiens 2, 13-17

“Chers frères et soeurs”, dit M. le pasteur en commençant son sermon. Et quand il dit ça, M. le pasteur, il veut en général souligner que nous sommes proches; égaux; semblables.

Et pourtant, ce n’est pas simple, d’être frères et soeurs. Depuis Caïn et Abel jusqu’aux chrétiens qui s’entretuent. En Irlande,  quand catholiques et protestants se massacrent parmi, c’est plutôt rude à avaler! Au Proche-Orient, quand musulmans et chrétiens se balancent des bombes, on se demande quelle mouche les pique. Il y a quelques années, on a même vu, au Liban, des chrétiens partir en guerre contre d’autres chrétiens... On a envie de dire comme la Bible: “Caïn, qu’as-tu fait de ton frère?”

Le premier drame de l’homme, c’est donc cette propension incroyable à croire qu’on va régler les difficultés par la violence. Taper sur son semblable: dominer, agresser; jalouser, zigouiller...

Dès ses premières pages, la Bible aborde ce thème... universel. Les premiers frères, Caïn et Abel, sont aussi le premier meurtrier et la première victime.
 


Pour éviter de nous égarer, disons tout de suite que ce récit n’a aucune prétention historique. Ça ne s’est pas passé comme ça, c’est une image, un mythe. La preuve: Caïn dit “le premier homme qui me rencontrera va me tuer”. Puis il se marie et s’établit dans une ville! Ne cherchons donc pas un compte-rendu sur la vie du premier couple sur terre et de ses enfants. Le récit du meurtre d’Abel s’intéresse à tout autre chose: il veut nous faire réfléchir sur notre violence. À nous.

C’est à nous que Dieu dit, à travers ce texte, les paroles qu’il adresse à Caïn: “Le péché de la violence, il est en toi, tapi à ta porte, comme une bête féroce. C’est à toi de le maîtriser! Domine-le, sinon c’est lui qui te dominera!”

Ne nous mettons donc pas trop vite à la place du juge. Ou à la place de Dieu. N’accusons pas trop rapidement Caïn, ou le président Syrien El-Assad, ou les terroristes. Ceux qui tuent, qu’ils soient nazis, ou membres de l’Etat islamique, ou despotes sanguinaires, ce sont des hommes, des fils d’Adam. Ce sont nos frères. Et c’est justement là le drame. Nos semblables. En faire des monstres n’avance à rien. Quand on a arrêté la secrétaire des Brigades Rouges, en Italie, c’était une vieille dame de 75 ans, d’apparence toute gentille...

Ils ont l’air bien braves aussi, ces écoliers qui veulent “casser du nègre”. Ou ces Fribourgeois qui ont tué un réfugié Kurde, il y a quelques années. Nos semblables.

Ce que la Bible veut nous dire, à travers ce meurtre d’Abel, c’est qu’il n’y a pas d’un côté une race perverse (les assassins) et de l’autre les gentils, donc nous. Mais il y a des frères et des soeurs, qui tous portent en eux une violence quotidienne! Et que cette violence, elle peut éclater; ou bien être maîtrisée.
  

Mais la Genèse va plus loin: Caïn tue son frère. Sa victime lui ressemble. Ils sont presque identiques. Et c’est dans ce “presque”, et c’est dans cette différence infime que sa haine a germé.

On rejette souvent les autres quand ils sont différents. Pourtant, voilà que Hitler n’extermine pas les Noirs, mais les juifs. Les Turcs ne massacrent pas les Tamouls, mais les Kurdes. Et en Syrie, ce sont des Syriens qui persécutent d’autres Syriens. Des musulmans souvent qui massacrent d’autres musulmans.

En 1939, le juif allemand est presque un Allemand. Ce “presque” devient insupportable, car le plus petit avantage semble une énorme injustice. On va donc élargir le fossé, accentuer les différences. On exagère l’influence des juifs, leur pouvoir: “ils tiennent tout”, dit-on, “ils nous dominent”...

On les caricature, on les peint en diable sur la muraille: nez crochu, pieds fourchus! On les accuse de tous les maux: chômage, récession, misère...

C’est l’histoire de deux Allemands au bistrot. “Toutes les catastrophes viennent des juifs”, dit l’un. “Toutes? fait l’autre. Même le naufrage du Titanic?” - “Iceberg, c’est pas un nom juif, ça?”
  

Dans ce climat de haine et de frustrations, il suffit d’une minuscule étincelle pour déclencher le drame. Dieu préfère l’offrande d’Abel - et Caïn le tue!

Si la Bible était un livre de morale et de bons conseils, il faudrait sans doute en arracher la page où on peut lire cette histoire. Il faudrait d’ailleurs en arracher presque tout l’Ancien Testament!

Mais la Bible n’est pas un modèle: elle reflète ce que nous sommes. Son univers, c’est le nôtre! Elle est le témoignage de femmes et d’hommes qui essaient de dire pourquoi le monde est comme il est, avec ses injustices et ses scandales. Et avec les paroles de Dieu, qui voudrait le transformer! N’arrachez pas de votre Bible les pages de l’Ancien Testament, non, mais lisez-les toujours en les mettant en rapport avec le changement total que Jésus a introduit: aimez vos ennemis... pardonnez aux autres... depuis la croix, chacun reçoit gratuitement le pardon pour ses péchés... chacun reçoit gratuitement le pardon pour ses violences, pour ses attitudes injustes qui attisent la colère... Dieu veut nous réconcilier, avec lui et les uns avec les autres. C’est ça, le centre, l’essentiel du Nouveau Testament.

À notre époque, les mouvements des populations nous mettent en contact avec de plus en plus d’humains qui sont nos frères et nos soeurs, presque comme nous. Mais pas tout à fait. Nous sommes désécurisés, et on est tenté par des raisonnements simplistes, du genre “tout ça c’est la faute aux juifs” (ou aux réfugiés, ou aux musulmans, ou à ceux qui ne votent pas comme nous...).

Par la Bible, Dieu nous dit: “Regarde d’abord la violence qui est en toi, tapie à ta porte, c’est à toi de la maîtriser! Domine-la, sinon c’est elle qui te dominera!”

Dieu nous appelle à la vigilance contre toutes les formes de mépris, de violence, de haine. En particulier celles qui ont pour cibles nos presque semblables; jusqu’aux plus anodines: les histoires belges des Français, ou nos witz sur les Fribourgeois, qui accentuent les différences avec des tout proches. Et nos réactions, nos jalousies à l’égard d’un ancien copain d’études qui réussit mieux que nous: “Il n’est pourtant pas plus malin que moi. J’aurais dû aussi y avoir droit!”
   

Et puis, toutes les fois où j’exagère ce qu’a dit untel, parce que je ne suis pas d’accord avec lui. Je le caricature pour mieux le rabaisser! Je grossis les défauts des autres, comme si du coup ça me rendait meilleur! Je critique, sans respecter la règle d’or qui est: ne jamais dire en l’absence de quelqu’un ce qu’on ne dirait pas s’il était présent. Et même, en présence de l’autre, veiller à le respecter aussi, bien sûr!

Oui, je sais, c’est très difficile. Je n’y arrive pas souvent, moi non plus! Mais au fond, le seul moyen de désamorcer la haine, de respecter la différence de l’autre, n’est-ce pas de le regarder avec la bienveillance fondamentale de Jésus-Christ? N’est-ce pas de croire que Dieu l’aime autant que moi, - et moi autant que lui?

“Chers frères et soeurs”... Dans la Bible, il y a beaucoup de frères qui s’entretuent, depuis Caïn jusqu’aux enfants du roi David. Relèverons-nous le défi de montrer que Jésus a changé tout ça, que “par la Croix, il a détruit la haine”, qu’”il nous donne la paix et nous réconcilie”, comme dit la lettre aux Ephésiens? Il nous appartient, à chacun(e), de réaliser cela, de le concrétiser, chaque jour. Quand nous pouvons le vivre, cela nous fait porter vraiment le nom de chrétiens, frères et soeurs en Christ.  Amen
 
  


Jean-Jacques Corbaz 



(CF, Li) Jamais Dieu… Je ne crois pas…

Jamais Dieu n’aime la souffrance,
Jamais il ne culpabilise ou punit.
Jamais Dieu ne préfère les puissants aux fragiles,
Jamais il n’accepte d’être le monopole d’une race ou d’une Eglise.
.
Je ne crois pas en un Dieu qui demanderait la guerre ou l’injustice,
Qui enverrait le sida, la cancer ou toute autre maladie,
Un Dieu qu’on pourrait utiliser pour bénir des armes.
Je ne crois pas en un Dieu qu’on ne pourrait prier que sous certaines formes,
Et qui favoriserait les riches à cause de leur argent.
.
Pour moi, le Dieu de Jésus n’est pas un ennemi du plaisir,
Il dépasse toujours nos catégories morales.
Je crois que le Dieu de l’évangile nous aime comme nous sommes, sans nous juger,
Qu’il n’a rien contre l’avortement, l’amour avant le mariage et l’homosexualité.
.
Je ne crois pas en un Dieu qui expliquerait tout, manipulerait tout,
Et qui nous priverait de notre liberté,
Je ne crois pas que la Bible soit un livre de science ou d’histoire,
Qui ait réponse à tout
Et qui s’oppose aux théories de l’évolution.
.
Jamais Dieu n’aime la souffrance,
Jamais il ne culpabilise ou punit.
Toujours, il marche avec nous, discret, fragile,
Mais toujours il sera infiniment autre que ce que je comprends de lui!
.
Jean-Jacques Corbaz


dimanche 14 mai 2017

(Co, Pr) "Et n’oublie aucun de ses bienfaits"

Prédication narrative du 14.5.17

Lectures: Psaume 103, 1-18; Romains 5, 1-8



Soir d’octobre... “Lalala, lalalala la... Un peu d’ombre et de lumière, au partage entre chien et loup...”

Non! Marcel n’est pas d’humeur à chanter, aujourd’hui. D’un geste sec, il éteint la radio. D’ailleurs, ce n’est pas le soir, en ce dimanche. Ce n’est pas le soir? sauf peut-être dans sa vie. Sauf peut-être dans toutes ces années, accumulées, qui lui pèsent; sur les épaules et sur le coeur. Fatigue. Douleurs. Aigreurs, parfois. Et surtout cette surdité, qui l’empêche de se joindre aux conversations à plusieurs.

Marcel marche, péniblement; quitte la cuisine; sombre. Et se dirige vers la porte. Descend, lourdement, les trois marches du perron. Et s’arrête. Contemple le pâle soleil d’automne. Morose, Marcel. Et, s’assied; ou plutôt se laisse tomber, sur le vieux banc, devant la ferme-qui-ne-sert-plus (la ferme donc, pas le banc).



Et aujourd’hui, c’en est trop. Déjà, le volet, qui tape quand souffle la bise, et qu’il n’a pas réussi à réparer... avec ses mains qui tremblent tellement...

Et puis, il a bien fallu téléphoner au neveu, pour qu’il vienne, s’occuper de ce maudit volet. Mais que c’est difficile, d’avouer... qu’on n’a pas pu; qu’on ne peut plus; qu’on a besoin des autres. Alors qu’avant, alors que toute sa vie, c’étaient les autres qui avaient besoin de nous...

Et puis, la goutte qui a fait déborder le vase: voilà que c’est la femme du neveu qui a pris le téléphone; et qui lui a répondu, d’un ton un peu sec, un peu impatient, que oui son mari viendrait, mais pas aujourd’hui, mais peut-être mardi ou mercredi, en sortant du travail, car il a tant à faire, depuis qu’il est concierge de cet E.M.S. - et Marcel a entendu, derrière ces trois lettres, claquer comme une menace: E - M - S, maison de retraite, quoi, pour les vieux, Marcel, pour les qui ne sont plus capables, comme toi bientôt... peut-être...

- J’en peux plus! grommelle Marcel. Quelle rosse!

À qui parle-t-il, au fait? À lui-même? À Dieu peut-être? Il ne se pose même plus la question. Car depuis tout petit, Dieu a fait partie de sa vie: école du dimanche; catéchisme; Unions Chrétiennes, quand il avait rencontré Marguerite (léger soupir de bonheur). Ils allaient au culte, régulièrement. Il entendait mieux, alors! En son temps, il avait même été membre du Conseil de paroisse, pour rendre service au pasteur Amiguet, un tout vrai, un profond, celui-là...

Avec Marguerite, ils avaient pris l’habitude de “rendre grâces” avant les repas, comme leurs parents le faisaient avant eux, depuis toujours: “Mon âme, bénis l’Eternel, et n’oublie aucun de ses bienfaits”. Oui, ça lui fait du bien, de repenser à tout cela, ça lui fait du bien, en ce dimanche. Marcel se souvient même de son émerveillement, quand, petits gamins, ils écoutaient tante Rose raconter les miracles de Jésus: la guérison du paralytique; la multiplication des pains; Jésus qui marche sur l’eau; la tempête apaisée... Et puis, dans l’Ancien Testament, la sortie d’Egypte; et les murs de Jéricho; et David et Goliath...
  


Mais maintenant? Mais aujourd’hui, Dieu est-il toujours aussi puissant et agissant? Ou bien est-il devenu peu à peu aussi essoufflé que lui, Marcel? Aussi usé et handicapé? Aussi fatigué?

En tout cas, dans sa vie présente, il n’y a plus d’exploits; plus de miracles inouïs qu’on pourrait raconter à des enfants aux yeux écarquillés...

Non, rien de merveilleux; mais cependant... il y a quelque chose quand même: comme une amitié, continue; une présence, qui fait du bien. Quand Marcel se confie, dans la prière ou dans le silence, il sent une sorte de réconfort; un peu comme lorsque Marguerite était encore là, à côté de lui, sur le banc devant la maison, les soirs où tous deux avaient tant travaillé.

Et quand Marcel sent... une conscience lourde, des regrets, des actes dont il n’est pas fier, eh bien cette présence le rend plus léger; plus libre. Il se sait pardonnable... et pardonné! Oui, ça ressemble au bras de Marguerite sur son bras, les soirs de peine...
... Marguerite... (soupir de bonheur).

Il revoit le voyage qu’ils avaient fait, pour leurs 40 ans de mariage. Leur seul voyage! En Grèce. Sur le bateau, ils avaient reparlé de leur enfance, de leur jeunesse; de leurs espoirs... de ces enfants qu’ils n’ont jamais pu avoir...
  

Et si, maintenant, Marguerite repose au petit cimetière du village, elle est toujours si fortement présente dans le coeur de Marcel; dans leur foi, partagée; tranquille, mais sûre. Par elle, Dieu est plus proche, aujourd’hui encore, se dit le vieux paysan. Reconnaissant.

Sur son banc, Marcel se sent mieux. Ça lui a fait du bien, de sortir, et de méditer ainsi. Un bien fait! Son énervement l’a quitté.

Il entend maintenant les enfants des voisins qui jouent de l’autre côté de la haie. Il remarque aussi l’odeur à peine acide des pommes, tombées à quelques pas de lui. Parfum de bel automne. Fruits! Récoltes! Travail bien fait!

Est-ce que ce n’est pas le Créateur qui l’a soulevé, là, pour voir plus large? Comme son grand-père le portait, enfant, pour lui montrer des choses plus loin, plus haut?

Marcel a l’impression d’avoir regardé le monde à travers des lunettes d’approche: tout à l’heure, il voyait ses misères, agrandies, menaçantes, énormes. Et maintenant, on dirait que Dieu a retourné les jumelles, et ses soucis sont devenus beaucoup plus petits; presque des broutilles.
  

Marcel se sent plus près de Dieu, et, du coup, il a envie de se rapprocher des autres. Il se lève, et par-dessus la haie, il salue les voisins. “Bonjour!”. Il offre des pommes aux deux gamins.

Et puis, il pense à son neveu. Quand il viendra, il faudra qu’ils parlent franchement, tous les deux. Trouver une solution pour ces petits travaux. Et... dire qu’il n’a pas aimé l’allusion, l’allusion à l’EMS... Non, ça non, c’est au-dessus de ses forces. Peut-être qu’il comprendra tout seul, le neveu...

Marcel s’est levé. Sans s’en rendre compte, il fredonne la chanson qu’il a entendue tout à l’heure, à la radio: “Lalala, lalalala, la... On n’est pas dans les Cyclades, on est bien dans nos îles à nous; nous avons le vent, maussade, qui fait plier le genou. Mais pour vous, ce soir d’octobre, je voudrais rester debout. Que je sois perdu ou sobre, je veux vivre près de vous; je veux vivre près de vous.”

Marguerite... (soupir ému). Un jour, en Grèce, ils avaient visité un couvent. Un moine avait expliqué que, chaque matin, les chrétiens grecs disent le psaume 103: “Mon âme, bénis le Seigneur, et n’oublie aucun de ses bienfaits”. Le couple s’était regardé en souriant, étonné de cette coïncidence. Et la tendresse de ce moment-là avait toujours habité leur prière, depuis. Elle lui avait donné une nouvelle vigueur.

C’est l’heure du souper, maintenant. Le soir est vraiment là, cette fois. Devant son bol de café au lait, sa tranche de pain et son bout de fromage (c’est son menu ordinaire), Marcel dit d’une voix forte et paisible, presque joyeuse: “Mon âme, bénis l’Eternel, et n’oublie aucun de ses bienfaits”. Amen                                          

Evelyne Roland Korber et Jean-Jacques Corbaz 

Merci à Emile Gardaz pour les paroles de la chanson!  



samedi 22 avril 2017

(Im) Schaffhouse en images

Quelques photos de notre excursion à Schaffhouse, les 20 et 21 avril.

Il y a des centaines d'oriels différents (nous étions emballés par ces encorballements, si j'ose dire, mpffff).

Parmi les inscriptions, en toutes sortes de langues, j'ai apprécié le fameux "Da gli amici mi guardi Dio, da gli inimici mi guardero io" pour sa musique.














Les chutes du Rhin.
Admirez les deux rochers à droite, on dirait des génies des eaux qui se demandent pourquoi tant de monde vient les déranger... (Voir surtout les 7è et 8è photos).























mardi 18 avril 2017

(Bi) « Pâques sera trop chou ». Tu crois?

Merci à Pierre Bühler pour ce texte pertinent!!!

« Pâques sera trop chou »
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Ce titre, vous l’aurez reconnu, c’est le slogan publicitaire choisi par une grande chaîne d’alimentation de notre pays pour le temps de Pâques. En le lisant partout, sur les affiches, sur les sacs, sur les dépliants, etc., le théologien que je suis a été de plus en plus interpellé. Certes, on s’adresse aux enfants, on les invite à venir chercher leur « lapinou », en dix variantes ! Et pour les obtenir, il faut collectionner des timbres, et pour avoir ces timbres, il faut que les parents achètent. La fête de Pâques, donc, comme une bonne occasion de consommer ! Chaque temps de fête connaît sa commercialisation, plus ou moins efficace. D’ailleurs, à l’intérieur du dépliant où l’on colle les timbres, on voit une jeune vendeuse avec les bras pleins d’objets à acheter et la phrase « Nous réalisons nous-mêmes ce qui nous tient à cœur ». Acheter, acheter, pour réaliser ce qui nous tient à cœur…

Pour cette commercialisation, on a évidemment choisi de jouer sur le folklore habituel de Pâques, qui remplit aussi les rayons des magasins durant ces semaines : les lapins et les œufs. Dans un premier temps, j’ai tenté de contenir ma réaction de théologien : je me suis dit que cela faisait partie du jeu depuis bien des décennies. Mais ce slogan « Pâques sera trop chou » m’est resté à l’esprit : et si c’était tout ce qui resterait un jour de Pâques, des lapinous trop chous ?

 
Je me suis souvenu d’un entretien que j’avais eu il y a quelque temps avec un jeune homme qui me demandait : « En somme, c’est quoi exactement qu’on fête à Pâques, dans la tradition chrétienne ? » Et il n’en avait vraiment pas la moindre idée. Et j’avais alors tenté de lui expliquer : que les évangiles racontent que Jésus est monté à Jérusalem à l’occasion de la Pâque juive et que ces journées à Jérusalem furent ses dernières, qu’il y fut jugé et condamné à mourir sur la croix, mais que la foi chrétienne voyait dans cette mort une victoire sur la mort, qui fait qu’elle appelle Jésus-Christ le crucifié ressuscité, proclamant que la vie est plus forte que la mort. Cette première explication en amena d’autres : que le mot même de Pâques vient d’un terme hébreu qui veut dire « passage, et que donc la fête chrétienne de Pâques fait référence à la fête juive de la Pâque, qui célèbre la sortie d’Égypte du peuple d’Israël. Une fête du passage de l’esclavage à la liberté, à laquelle la fête chrétienne fait écho en annonçant la libération à l’égard du règne de la mort. Et les lapins et les œufs, alors ? J’avais répondu que c’était probablement en lien avec un vieux culte européen de la fertilité, célébrant la renaissance de la vie au printemps, après un long hiver de la mort… Ce fut un bel entretien, plein de découvertes et d’étonnements.

Du coup je me dis : qui sera là pour donner les explications nécessaires quand les enfants demanderont : « Dis, papa, pourquoi Pâques, c’est trop chou ? » Espérons qu’il y aura encore assez de mémoire chez quelques-uns pour rappeler qu’au-delà des lapinous, dans la fête de Pâques, il en va fondamentalement d’esclavage et de liberté, de vie et de mort, et que ce n’est pas une affaire de timbres et d’achats.

Alors collectionnons gaiement des lapinous ! Mais souvenons-nous aussi que ce qui pourrait faire la véritable joie de Pâques, c’est de vivre la libération d’un esclavage, de découvrir cette vie plus forte que tous les désespoirs de mort qui trop souvent nous hantent.

Joyeuses Pâques, bon passage !

Pierre Bühler


dimanche 16 avril 2017

(Pr) C’est pas naturel


Prédication de Pâques, 16 avril 2017

Lectures: Matthieu 28, 1-10; Psaume 116, 1-9


Pâques! La fête du printemps! Célébration de la vie qui monte, du renouveau! De la nature, habillée aux couleurs de la joie! ...

Je pourrais continuer longtemps sur cette lancée, sans que personne ne proteste. Pourtant... question impertinente: est-ce que vous imaginez que Pâques puisse avoir lieu en automne, ou en hiver?

Impossible, dites-vous? Ce ne serait pas la même chose!?!

Mais pourtant, c’est bien ce qui se passe, pour la moitié du monde! Je veux dire: dans l’hémisphère sud; là, l’été vient de finir, l’hiver va commencer.

Vivre Pâques en automne, cela pourrait peut-être nous aider à comprendre que cette fête n’a rien à voir avec une célébration de la nature qui renaît. Tout au plus une heureuse coïncidence. Pâques, ce n’est pas naturel!

Au milieu de notre monde de lois (et je pense autant au code civil qu’aux lois universelles de la physique); au coeur de notre histoire humaine, quelque chose, tout à coup, a changé. Non pas une correction de trajectoire, pas un réglage supplémentaire: mais une révolution! (j’allais dire: une conversion!). Quelque chose a été tourné fond sur fond! Pâques, ce n’est pas naturel du tout, c’est même l’envers du naturel!

Oui, bien sûr, le naturel reviendra au galop, mais depuis qu’il a été chassé, nous savons qu’il a été vaincu; qu’il n’est pas le dernier mot du monde, et de l’histoire, et de Dieu; qu’auprès du Christ, avec l’aide de son Esprit saint, nous pouvons toujours retrouver la force de le dominer, nous aussi.

Le naturel c’est quoi ? Eh bien, la guerre, c’est naturel. Et la souffrance, et l’égoïsme, et la peur; ça, c’est naturel. La mort aussi, bien sûr! Mais la révolution, vous le savez, c’est qu’au matin de Pâques, tout ça, même la mort, s’est fait poser un lapin!!
 

Dans l’Antiquité, et dans le judaïsme aussi, on pense que la mort est une fin totale. L’arrêt du corps, du coeur, du cerveau, on croit que c’est la fin de toute existence, et même de toute relation avec Dieu.

Face à ces religions-là, la résurrection proclamée par le Nouveau Testament s’inscrit complètement à contre-courant: Dieu nous aime, il reste relié à nous au-delà de la mort. Ce qui était une barrière totale n’est plus une barrière du tout: Christ est des deux côtés; vivant ou mort, il règne de part et d’autre, et les croyants avec lui! Pâques, ce n’est pas naturel du tout!

Une preuve encore: la frousse! Les gardes sont paralysés par la peur. Les deux Marie sont toutes tremblantes, et l’ange doit déployer toute sa psychologie pour les rassurer. Pâques, ce n’est pas naturel.
 


Mais surtout, à quoi sert cet événement incroyable? Eh bien, il n’a pas d’autre but que d’être annoncé aux disciples, aux chrétiens. La résurrection n’est pas faite pour être proclamée aux incroyants, elle est trop incroyable! Elle peut même devenir, nous le savons, un obstacle à la foi.

Pâques n’est pas un événement pour l’extérieur, mais pour l’intérieur: pour redonner courage aux chrétiens, pour les stimuler sur les chemins de la mission que Jésus va leur confier, quelques versets après notre passage, quand il dit: “Allez, faites de tous les peuples mes disciples, apprenez-leur tout ce que je vous ai appris, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et sachez-le: je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde!”
 

Comme aux croyants d’il y a 2000 ans, Pâques nous est donné, à nous chrétiens d’aujourd’hui, comme une ouverture formidable à l’inespéré, pour faire exploser nos résignations, pour nous mettre en marche sur des chemins neufs, risqués, des chemins pas naturels du tout! C’est le fameux renversement des valeurs que chantent les chrétiens: celui qui a été mis en route par le Christ n’a plus les mêmes priorités que les autres. Quelque chose a été tourné fond sur fond.

Dans quelle direction le ressuscité va-t-il nous lancer? Dans quelle direction le ressuscité va-t-il te lancer? Dans le domaine social, la lutte contre le chômage, ou l’accueil des migrants? Dans les relations avec les pays pauvres, à l’exemple d’un Raoul Follereau? Ou, plus près de nous, dans le combat quotidien contre la résignation, le fatalisme, la peur, à l’intérieur même de notre propre vie? Dans la lutte avec la mort, en nous ou autour de nous? Dans des gestes, des paroles, des amitiés qui ressuscitent l’espoir pour deux ou trois que Dieu a placés à portée de notre foi?
 

La réponse, bien sûr, ne peut être donnée que par chacun, pour lui-même. Par chacune, pour elle-même!

Mais nous ne nous montrons disciples du Christ que dans cette transformation de la vie entière, qui atteste notre participation à son règne (son règne, qui n’est pas plus naturel que le reste, bien sûr!).

Vous me direz: “c’est complètement fou!” Evidemment! Comme Pâques, vous l’avez déjà compris! C’est fou comme la victoire de Jésus sur la mort et la haine. L’aventure de la foi pascale est à l’envers du monde.

Je ne vous suggère donc pas, en prolongement de cette prédication, de choisir dans votre coeur des gestes de réconciliation ou de solidarité, comme parfois. Non, je vous propose aujourd’hui beaucoup plus: de vous choisir une vie entière. Les gestes viendront bien après, tout seuls!

Vous me direz, pour la plupart, qu’il y a longtemps que vous avez fait vos choix de vie; les orientations essentielles de votre existence, vous n’avez pas attendu cette prédication pour les découvrir, heureusement! C’est clair.

Mais ce culte de Pâques nous est offert pour y repenser, à ces choix essentiels. Pour les retrouver, peut-être, face à l’évangile, afin que la Résurrection les re-vivifie, les rajeunisse, leur donne une vigueur nouvelle.

Depuis bientôt 2000 ans, Pâques nous appelle à devenir ferments d’un monde changé. Pâques nous appelle à ressusciter, chaque jour, ici-bas! Ce n’est pas naturel du tout, mais qu’est-ce que ça remplit la vie d’espérances passionnantes! Amen
  



Jean-Jacques Corbaz 


J’avais déjà écrit cette prédication quand j’ai lu ce texte de James Woody, qui la rejoint bien:





Pâques sans effets spéciaux

Pâques est-elle une fête à réserver aux superstitieux qui pensent qu’être croyant c’est être certain qu’il y a un dieu qui a réanimé un mort il y a deux mille ans? Les évangiles font d’abord de Pâques une réponse au vendredi de la condamnation à mort d’un innocent. Pâques, c’est avant tout le fait d’assumer les vendredis noirs de l’histoire : les dénis de justice, le massacre des innocents, le cynisme politique qui organise la paix civile sur le dos des populations; c’est assumer les crucifixions moins spectaculaires, mais tout aussi cruelles: un licenciement, une rupture, un cancer. Cela nous concerne tous, que nous revendiquions une identité chrétienne ou non, que nous ayons prévu d’aller à un office de Pâques ou non.

Les récits de Pâques mettent en défaut une conception physique de la résurrection: Jésus ne peut plus être touché, il n’est même plus reconnaissable par ses plus proches, ce qui signifie qu’il n’est plus visible en tant que tel. Le tombeau n’est pas vide du corps de Jésus; il est vide de ce qu’il a accompli, de son enseignement, de la puissance d’amour qu’il a manifestée et qui ne peut être définitivement enterrée. Pâques n’est pas la fête de ceux qui croient en un dieu tout-puissant qui aurait fabriqué les atomes et les cellules ou qui croient en ce dieu qui aurait décidé que la meilleure manière de rendre le monde plus vivable était de mettre à mort un innocent. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que «Dieu» est un être surnaturel siégeant dans un coin de l’univers, capable de réparer les corps meurtris ou d’arrêter un nuage de gaz mortel aux portes d’un hôpital. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que les bons croyants peuvent mourir cliniquement et, trois jours plus tard, retrouver une activité cardiaque et cérébrale.

Le dimanche de Pâques répond au vendredi en proclamant la résurrection, mais entendons-nous bien sur ce que signifie ce mot. «Ressusciter» dans la langue grecque qu’utilisent les évangélistes, c’est réveiller, c’est relever. Ce sont des verbes de la vie courante qui expriment la résurrection dans notre quotidien. Cela s’adresse en tout premier lieu aux contemporains de Jésus, qui vivotaient au lieu d’exister. Raconter la résurrection de Jésus c’est mettre en scène le réveil du désir de vivre chez ceux qui étaient noyés dans une ambiance mortelle. Les récits de Pâques disent la possibilité de retrouver du sens lorsque la vie semble n’être que chaos. «Dieu» désigne alors tout ce qui nous permet, aujourd’hui encore, de sortir de nos torpeurs, tout ce qui nous permet de devenir un peu plus vivants, un peu plus humains, d’exister à nouveau.

Ce qui est surnaturel, à Pâques, c’est que les histoires personnelles peuvent trouver un nouvel élan alors qu’elles semblaient épuisées de manière inexorable. Le deuil d’un être cher peut être traversé. Un échec peut être l’occasion d’un nouveau départ. On peut se réveiller de nos cauchemars. On peut être relevé de ce qui nous accable. On peut se relever d’un licenciement abusif. Nous pouvons être fautifs, avoir trahi et, néanmoins, être pardonnés. Une crise politique majeure peut être surmontée. Une conscience citoyenne peut ressusciter. Tout cela et bien d’autres choses encore sont possibles parce que le fondement de notre vie est toujours susceptible d’être libéré des entraves du moment. Lorsque nous manquons de rites qui nous permettent de faire face à nos deuils, qui nous permettent d’affronter les impasses dans lesquelles nous nous condamnons à demeurer, Pâques peut constituer un patrimoine dans lequel il est possible de puiser les éléments nécessaires pour reprendre pied dans une histoire qui est en train de nous échapper. Derrière le mythe de Pâques sommeille cette grande vérité qui nous concerne tous: il est possible de vaincre ce qui rend le quotidien mortel. Sans avoir besoin de nous affilier à une religion particulière, Pâques peut être une fête pour porter notre vie à son incandescence.

James Woody