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dimanche 18 juin 2017

(Pr) “Frères et soeurs” - Caïn et Abel - (presque) comme nous

Prédication du 18 juin 2017

Lectures bibliques: Genèse 4, 1-15; Ephésiens 2, 13-17

“Chers frères et soeurs”, dit M. le pasteur en commençant son sermon. Et quand il dit ça, M. le pasteur, il veut en général souligner que nous sommes proches; égaux; semblables.

Et pourtant, ce n’est pas simple, d’être frères et soeurs. Depuis Caïn et Abel jusqu’aux chrétiens qui s’entretuent. En Irlande,  quand catholiques et protestants se massacrent parmi, c’est plutôt rude à avaler! Au Proche-Orient, quand musulmans et chrétiens se balancent des bombes, on se demande quelle mouche les pique. Il y a quelques années, on a même vu, au Liban, des chrétiens partir en guerre contre d’autres chrétiens... On a envie de dire comme la Bible: “Caïn, qu’as-tu fait de ton frère?”

Le premier drame de l’homme, c’est donc cette propension incroyable à croire qu’on va régler les difficultés par la violence. Taper sur son semblable: dominer, agresser; jalouser, zigouiller...

Dès ses premières pages, la Bible aborde ce thème... universel. Les premiers frères, Caïn et Abel, sont aussi le premier meurtrier et la première victime.
 


Pour éviter de nous égarer, disons tout de suite que ce récit n’a aucune prétention historique. Ça ne s’est pas passé comme ça, c’est une image, un mythe. La preuve: Caïn dit “le premier homme qui me rencontrera va me tuer”. Puis il se marie et s’établit dans une ville! Ne cherchons donc pas un compte-rendu sur la vie du premier couple sur terre et de ses enfants. Le récit du meurtre d’Abel s’intéresse à tout autre chose: il veut nous faire réfléchir sur notre violence. À nous.

C’est à nous que Dieu dit, à travers ce texte, les paroles qu’il adresse à Caïn: “Le péché de la violence, il est en toi, tapi à ta porte, comme une bête féroce. C’est à toi de le maîtriser! Domine-le, sinon c’est lui qui te dominera!”

Ne nous mettons donc pas trop vite à la place du juge. Ou à la place de Dieu. N’accusons pas trop rapidement Caïn, ou le président Syrien El-Assad, ou les terroristes. Ceux qui tuent, qu’ils soient nazis, ou membres de l’Etat islamique, ou despotes sanguinaires, ce sont des hommes, des fils d’Adam. Ce sont nos frères. Et c’est justement là le drame. Nos semblables. En faire des monstres n’avance à rien. Quand on a arrêté la secrétaire des Brigades Rouges, en Italie, c’était une vieille dame de 75 ans, d’apparence toute gentille...

Ils ont l’air bien braves aussi, ces écoliers qui veulent “casser du nègre”. Ou ces Fribourgeois qui ont tué un réfugié Kurde, il y a quelques années. Nos semblables.

Ce que la Bible veut nous dire, à travers ce meurtre d’Abel, c’est qu’il n’y a pas d’un côté une race perverse (les assassins) et de l’autre les gentils, donc nous. Mais il y a des frères et des soeurs, qui tous portent en eux une violence quotidienne! Et que cette violence, elle peut éclater; ou bien être maîtrisée.
  

Mais la Genèse va plus loin: Caïn tue son frère. Sa victime lui ressemble. Ils sont presque identiques. Et c’est dans ce “presque”, et c’est dans cette différence infime que sa haine a germé.

On rejette souvent les autres quand ils sont différents. Pourtant, voilà que Hitler n’extermine pas les Noirs, mais les juifs. Les Turcs ne massacrent pas les Tamouls, mais les Kurdes. Et en Syrie, ce sont des Syriens qui persécutent d’autres Syriens. Des musulmans souvent qui massacrent d’autres musulmans.

En 1939, le juif allemand est presque un Allemand. Ce “presque” devient insupportable, car le plus petit avantage semble une énorme injustice. On va donc élargir le fossé, accentuer les différences. On exagère l’influence des juifs, leur pouvoir: “ils tiennent tout”, dit-on, “ils nous dominent”...

On les caricature, on les peint en diable sur la muraille: nez crochu, pieds fourchus! On les accuse de tous les maux: chômage, récession, misère...

C’est l’histoire de deux Allemands au bistrot. “Toutes les catastrophes viennent des juifs”, dit l’un. “Toutes? fait l’autre. Même le naufrage du Titanic?” - “Iceberg, c’est pas un nom juif, ça?”
  

Dans ce climat de haine et de frustrations, il suffit d’une minuscule étincelle pour déclencher le drame. Dieu préfère l’offrande d’Abel - et Caïn le tue!

Si la Bible était un livre de morale et de bons conseils, il faudrait sans doute en arracher la page où on peut lire cette histoire. Il faudrait d’ailleurs en arracher presque tout l’Ancien Testament!

Mais la Bible n’est pas un modèle: elle reflète ce que nous sommes. Son univers, c’est le nôtre! Elle est le témoignage de femmes et d’hommes qui essaient de dire pourquoi le monde est comme il est, avec ses injustices et ses scandales. Et avec les paroles de Dieu, qui voudrait le transformer! N’arrachez pas de votre Bible les pages de l’Ancien Testament, non, mais lisez-les toujours en les mettant en rapport avec le changement total que Jésus a introduit: aimez vos ennemis... pardonnez aux autres... depuis la croix, chacun reçoit gratuitement le pardon pour ses péchés... chacun reçoit gratuitement le pardon pour ses violences, pour ses attitudes injustes qui attisent la colère... Dieu veut nous réconcilier, avec lui et les uns avec les autres. C’est ça, le centre, l’essentiel du Nouveau Testament.

À notre époque, les mouvements des populations nous mettent en contact avec de plus en plus d’humains qui sont nos frères et nos soeurs, presque comme nous. Mais pas tout à fait. Nous sommes désécurisés, et on est tenté par des raisonnements simplistes, du genre “tout ça c’est la faute aux juifs” (ou aux réfugiés, ou aux musulmans, ou à ceux qui ne votent pas comme nous...).

Par la Bible, Dieu nous dit: “Regarde d’abord la violence qui est en toi, tapie à ta porte, c’est à toi de la maîtriser! Domine-la, sinon c’est elle qui te dominera!”

Dieu nous appelle à la vigilance contre toutes les formes de mépris, de violence, de haine. En particulier celles qui ont pour cibles nos presque semblables; jusqu’aux plus anodines: les histoires belges des Français, ou nos witz sur les Fribourgeois, qui accentuent les différences avec des tout proches. Et nos réactions, nos jalousies à l’égard d’un ancien copain d’études qui réussit mieux que nous: “Il n’est pourtant pas plus malin que moi. J’aurais dû aussi y avoir droit!”
   

Et puis, toutes les fois où j’exagère ce qu’a dit untel, parce que je ne suis pas d’accord avec lui. Je le caricature pour mieux le rabaisser! Je grossis les défauts des autres, comme si du coup ça me rendait meilleur! Je critique, sans respecter la règle d’or qui est: ne jamais dire en l’absence de quelqu’un ce qu’on ne dirait pas s’il était présent. Et même, en présence de l’autre, veiller à le respecter aussi, bien sûr!

Oui, je sais, c’est très difficile. Je n’y arrive pas souvent, moi non plus! Mais au fond, le seul moyen de désamorcer la haine, de respecter la différence de l’autre, n’est-ce pas de le regarder avec la bienveillance fondamentale de Jésus-Christ? N’est-ce pas de croire que Dieu l’aime autant que moi, - et moi autant que lui?

“Chers frères et soeurs”... Dans la Bible, il y a beaucoup de frères qui s’entretuent, depuis Caïn jusqu’aux enfants du roi David. Relèverons-nous le défi de montrer que Jésus a changé tout ça, que “par la Croix, il a détruit la haine”, qu’”il nous donne la paix et nous réconcilie”, comme dit la lettre aux Ephésiens? Il nous appartient, à chacun(e), de réaliser cela, de le concrétiser, chaque jour. Quand nous pouvons le vivre, cela nous fait porter vraiment le nom de chrétiens, frères et soeurs en Christ.  Amen
 
  


Jean-Jacques Corbaz 



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