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mardi 4 juillet 2017

(Pr) Derrière la croix, un trésor. Prédication du 2 juillet 17

Lecture: Marc 9, 2-10


Dans un EMS, deux femmes âgées, toutes ridées, discutent.
- Tu te souviens, dit l’une, quand on était jeunes; comme nous avons prié pour ressembler à Brigitte Bardot?
- Oh oui, fait l’autre. J’en ai pleuré. Ça ne marchait pas...
- Mais, fait la première: maintenant, on est exaucées!
 


Voilà. Avec Dieu, il faut être patient. Pour lui, mille ans sont comme un jour. Quand c’est pas le moment, c’est pas le moment! Et les vérités d’aujourd’hui ne sont pas toujours celles de demain!

C’est ce que nous dit aussi le récit de la Transfiguration. Quelle étrange histoire! Pourquoi Jésus se montre-t-il tout à coup sous cette apparence d’une blancheur éclatante, avec Moïse et Elie à côté de lui? Et pourquoi demande-t-il à ses disciples de garder le silence sur ce moment?

Pour trouver réponse à ces questions, il faut savoir que tout l’évangile de Marc, qui rapporte notre récit, est construit sur le schéma d’une intronisation royale égyptienne. Au pays du Nil,  le nouveau souverain était proclamé en trois phases:

1° Les dieux annoncent à l'heureux élu qu'il a été choisi par volonté divine.

2° Les dieux proclament à la cour l'identité du nouveau roi.

3° Le peuple accepte et reconnaît solennellement son souverain, qui du coup devient comme dieu, lui aussi.

L’évangile de Marc place la première phase au moment du baptême de Jésus (lorsque la voix du ciel annonce "Tu es mon fils bien-aimé...": Marc 1, 11).

- la deuxième phase a lieu lors de notre récit de la "Transfiguration" (la voix du ciel proclame aux disciples "Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le": Marc 9, 7).

- et la troisième, à l'instant de la mort de Jésus (l'officier romain, pourtant païen, reconnaît "Celui-ci était vraiment le fils de Dieu": Marc 15, 39).

Ce schéma montre une chose capitale, pour Marc: on ne peut connaître vraiment le caractère divin de Jésus que face à la croix. Tous, disciples et païens, sont sur le même pied: ils ne peuvent savoir vraiment "qui est cet homme" qu'au vu de la manière dont il a accepté de mourir. Jésus n'est roi que sur la croix, ce qu'accentue encore la couronne d'épines!
  

Avant sa mort à Golgotha, tout le monde se méprend au sujet du Christ. Et Marc multiplie les récits de controverses avec les Juifs, scribes ou pharisiens, qui se fourrent le doigt dans l'oeil à son propos. Sa famille (3, 20-21) croit qu'il est devenu fou (ici pas de Marie qui reçoive une annonciation et croie d'emblée, comme chez Luc). Même ses plus proches compagnons se posent beaucoup de questions à son sujet (par ex. 4, 40-41).

Le comble, c'est quand Jésus annonce sa mort et sa résurrection   (et il le fait trois fois): juste après, les disciples manifestent par leur réaction qu'ils n'ont rien compris; que le sens profond de Vendredi saint et Pâques leur échappe:

- la première fois, Pierre fait des reproches à Jésus à propos de ce qu'il a dit (8, 31-33);

- la deuxième, les disciples se disputent pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand (9, 30-34);

- et la troisième fois, Jacques et Jean lui demandent de pouvoir siéger avec lui dans sa gloire. Alors qu'il vient d'annoncer sa mort et ses souffrances à venir (10, 33-37)!

Ce n'est pas que les disciples soient spécialement obtus, pour Marc. Mais ils révèlent, par leur attitude, l'impossibilité pour tout être humain de comprendre véritablement qui est Jésus, fils de Dieu, tant qu'on ne l'a pas contemplé mourant sur la croix. Tant qu'on n'a pas vu de quel bois sa royauté était réellement constituée.

Et c’est exactement ça la raison du secret demandé par Jésus aux disciples. Après les miracles, comme après les annonces de ses souffrances, Jésus doit mettre le “black out” parce que c’est trop tôt. Personne ne peut comprendre encore. Ce n’est qu’après sa mort que les choses deviendront claires.

Par conséquent, nous suggère l’évangile de Marc, tout converge vers Vendredi saint et Pâques. Les événements de ces trois jours sont la clé pour connaître l'essentiel du Christ. Sans eux, on risque fort de se méprendre à son sujet; de le confondre avec un chef politique; ou un magicien tout-puissant; ou un savant qui aurait réponse à tout. Seule la croix nous montre le caractère résolument non-violent de Jésus. Son abaissement consenti. Et donc son respect absolu de notre liberté.

Disons-nous bien que nous ne sommes pas plus clairvoyants que les "douze", nous lecteurs du 1er ou du 21ème siècle. Nous risquons toujours de confondre le Christ avec une de nos "idoles", une des projections de nos désirs.

Le Dieu de l'évangile nous aime trop pour restreindre notre liberté. Il n'est pas tout-puissant, il est d'abord solidaire de nos souffrances, de nos doutes, de nos échecs. Il se tient du côté des victimes et des rejetés.

  

La Transfiguration joue donc un rôle central dans l’évangile: elle annonce Pâques. Il s’agit de préparer les disciples à affronter l’arrestation de Jésus, ses souffrances et sa mort. Dieu soulève en quelque sorte le voile pour montrer ce qu’il y a derrière les épreuves à venir: au-delà de ces jours de tempête, il y a la pleine lumière de ce qu’on appelle ailleurs le Paradis. La condition divine du Christ est une porte ouverte sur un avenir de salut, de guérison; de bonheur, de fête sans limite.

Cet avenir promis, c’est l’accomplissement de tout ce qu’annonce l’Ancien Testament. Moïse et Elie symbolisent ici, le premier la “Loi”, et le second les “prophètes”, soit les deux catégories de paroles qui sont au centre des Ecritures juives. Ils assurent au croyant que ce Jésus resplendissant de présence divine, c’est bien le Sauveur envoyé par Dieu.

Et c’est pour cela que Pierre veut dresser des tentes: il aimerait tant pouvoir rester dans cette atmosphère de bonheur parfait, cadeau du Père. Il aurait tant de plaisir à jouir longtemps des félicités célestes, plutôt que de redescendre affronter les souffrances et la peur, celles de Jésus, et plus tard les siennes...

Mais non: quand c’est pas le moment, c’est pas le moment, comme pour Brigitte Bardot! La Transfiguration n’est pas un but à atteindre, ni une récompense finale. Elle est là comme une annonce des réalités qui nous attendent, après la croix. Dieu en somme entrouvre la porte pour donner du courage à ses amis: voyez, derrière les épreuves et la mort, vous attend un trésor!

La Transfiguration est une promesse. Elle est comme un remontant, comme des vitamines qui permettront aux chrétiens de traverser les épreuves avec courage, en restant debout. Elle s’adresse aux compagnons de Jésus, mais aussi aux croyantes et croyants de tous les temps après lui: sachez-le bien, au-delà des injustices, des persécutions, des catastrophes, aujourd’hui encore, derrière la croix et la mort, vous attend un trésor.
  

Il est là, notre bonheur, à nous chrétiens. Et j’ai apprécié que, comme par hasard, le “Réformés” de juillet-août, que vous venez de recevoir, consacre plusieurs pages à ce thème du bonheur. Lisez-les! Et surtout, (ré)apprenez toujours mieux à être heureux, grâce à Dieu!
 

Deuxième coïncidence: lorsque je lui ai demandé de jouer pour notre culte sur son accordéon, Jacques-Louis Rochat m’a spontanément proposé la belle chanson de Gilles “Le bonheur”. Et que nous la chantions avec lui. J’ai accepté avec joie! Et c’est ainsi que, cette prédication, nous allons la conclure tous ensemble en chantant: “Le bonheur”. Merci!                                    
  
Gilles


Jean-Jacques Corbaz 



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